Oubliée?

Spontanément, car en la retrouvant je me retrouvais tout d’un coup tel que j’étais quand j’avais dû la quitter, je lui contai les vicissitudes des dix dernières années de ma vie. Chose étrange, je n’avais aucune honte à me montrer devant elle sans déguiser rien, ni ma volonté de l’oublier, ni l’oubli que tant d’événements plus grands que nous m’avaient procuré, ni la joie qui me soulevait depuis que je la revoyais; mais, tout en parlant, je sentais que je parlais d’un passé mort. Était-ce son attitude qui me poussait à développer mes souvenirs sans lui donner le temps de placer un mot qui eût rompu le charme?

Elle ne souriait plus que rarement, et avec une nuance de mélancolie.

—Quoi! dit-elle. Vous n’avez aimé que moi?

—Vous seule.

—C’est affreux, dit-elle si bas que je la devinai plutôt que je ne l’entendis.

Le silence qui succéda nous séparait. Je sentis que j’aurais tort de rien demander. Elle aussi était demeurée telle que jadis, réservée quand j’étais confiant. Mais je soupçonnais que son silence d’à présent approfondissait encore davantage sa réserve d’autrefois.

—C’est affreux, dit-elle de nouveau.

Et je crus qu’elle allait parler à son tour.

Mais brusquement, par l’escalier qui menait à la plage et s’ouvrait près de nous, apparurent en criant deux garçonnets.