—Écoutez. Vous m’avez découvert des choses navrantes.

J’eus un geste vague.

—Écoutez-moi, dit-elle. Je ne savais pas. Je ne pouvais pas savoir. Si j’avais su... Non, laissez-moi parler.

Je n’objectai rien. J’avais résolu de ne plus me trahir comme j’avais eu l’imprudence de le faire, la veille. Mais l’entretien prenait un tour imprévu qui risquait de m’égarer. Quelle maîtrise de soi ne faut-il pas pour résister à la voix caressante d’une femme qu’on aime? Le silence qui me fut imposé me tira d’embarras.

—C’est bête, disait-elle. Au moment où l’on veut parler, les mots vous échappent.

Elle ne souriait pas. Je ne relevai point sa remarque. Je préférais imaginer ce que j’apprendrais, et trop d’espoirs et de craintes traversaient à la fois ma pensée, tandis que je savourais un sombre plaisir à ne point presser le dénouement.

—Écoutez, dit-elle encore. Je ne jouerai pas avec vous, je ne suis pas si habile. Ce que vous m’avez appris hier m’a consternée, profondément.

Elle posait la main sur mon bras. Je la regardai.

—Ne me regardez pas! Vous m’ôteriez tout mon courage.

Elle se mit à marcher.