—Mienne, lui dis-je, Mienne, comprends que je souffre. Comprends que tu n’es pas un jouet pour moi. Comprends que je t’aime. Sais-tu seulement ce que c’est que d’aimer?
—Je le sais depuis que je t’aime.
Elle avait souvent de ces réponses, courtes, qui me ranimaient.
—Tu feras de moi ce que tu voudras, Mienne, mais sache aussi, et je te l’affirme, que nul ne t’a jamais aimée comme je t’aime et que nul jamais ne t’aimera de cette façon.
Ses doigts serraient mes mains.
—Mienne, repris-je, comprends aussi de quelle façon je t’aime. Pour ta beauté? Oui, sans doute, ni plus ni moins que quiconque. Pour ta jeunesse, pour ta grâce, pour tes gamineries et pour ton sérieux, oui, oui, mais n’importe qui t’aimerait pour ces attraits. Sais-tu que je t’aimerais, moi, moins belle?
Ses paupières battirent. Je poursuivis:
—Je ne prétends pas, tel que certains, qu’une prédestination régisse les couples, et qu’il n’y ait qu’une femme qui puisse faire le bonheur d’un homme; mais, si la loi n’est pas universelle, je ne conçois pas qu’une autre femme que toi puisse faire mon bonheur. Tu es pour moi la femme dont tout homme rêve, la compagne et l’amante, la collaboratrice et la sœur, celle qu’on a besoin d’avoir à tout instant près de soi, celle qui a confiance et à qui l’on se confie, celle qui partage plaisirs et peines, celle que rien ni personne jamais ne peut remplacer.
—Mon Mien...
—Ce n’est point là, malgré les apparences, l’idéal de la bourgeoisie contemporaine. Pour le commun des mortels, la femme ne sert qu’à la reproduction ou qu’au simulacre de la reproduction. Joins un peu de vanité, si la femme est belle. Mais, et toutes les périphrases te ramèneront à ce dilemme brutal, la femme n’est que bête de somme ou bête de joie,—un sommier, si tu permets, dans les deux sens du mot. Les hommes qui la considèrent avec plus de respect sont rares.