—Triste époque, dit-il. Résultat de la guerre. Vous ne méritiez pas ça, père Trébuc.

Et, après deux ou trois autres phrases avalées qui rendaient hommage à l’honneur intact du père Trébuc, monsieur Marsouet, sénateur, gendre d’un ministre et père de deux députés, quitta rondement le couple malheureux pour aller déjeuner chez ses amis les Baquier, père, mère et fille.

La sympathie d’un personnage si considérable, toute flatteuse qu’elle était, ne consola pas le père Trébuc. Elle lui confirmait seulement l’idée de son malheur, dont il n’était pas encore en état de mesurer l’étendue.

—Ils savent tous! songeait-il.

Comme dans un cauchemar, il perdait courage devant la marée de honte qui montait vers lui.

—Et ils ne savent pas tout, songeait-il.

Ils savaient bien tous que Mousseline s’était échappée du domicile familial en compagnie de Rodolphe Jaulet.

—Madame Loissel le sait aussi, n’est-ce pas? demanda-t-il à sa femme.

Et il nommait madame Loissel pour ne pas nommer monsieur Daix. Mais savait-on ce que mademoiselle Baudetrot, la sage-femme, était peut-être seule à savoir? Il n’en dit rien, persuadé que la même pensée affligeait la mère Trébuc. En effet, après un silence, la mère Trébuc demanda soudain:

—Tu vas aller la chercher?