Madame Loissel ne partait pas. Monsieur Daix, qui n’avait droit qu’à un mois de vacances, devait les prendre en août. Le docteur Aubenaille ne parlait pas de s’en aller. Quant aux autres locataires, ils étaient tous partis pour le dix.
Il commençait à faire chaud, chaud comme il ne fait chaud qu’à Paris, où l’air devient irrespirable dès que le soleil brille durant trois jours de suite.
Dans la loge, où une tenue stricte était moins indispensable, le père Trébuc demeurait en manches de chemise. Pour son service au square, il enfilait un pantalon de treillis blanc, qu’il repassait lui-même, tous les matins. Le soir, il n’osait pas s’asseoir devant la maison, comme la plupart des concierges du quartier: il craignait qu’une apostrophe de la mère Chateplue, qui buvait plus que jamais à cause de la chaleur, ne l’obligeât à répondre, et ne provoquât un esclandre. Et puis, de voir le petit café du coin de la rue Boursault, où fréquentaient les gens qu’il connaissait, lui donnait des tentations.
Déjà Letuigne, son camarade préféré de la manille, mais le plus irrégulier, avait essayé de l’entraîner.
—Tu es bête, lui avait-il dit. Et pourquoi?
—Pour rien.
Le père Trébuc avait résisté, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Était-ce encore, toujours, par orgueil? Mais quel orgueil pouvait garder le père Trébuc?
XLV
MONSIEUR Daix, le mutilé du cinquième dont madame Loissel avait fait rêver les Trébuc pour leur Mousseline, était un homme qui ne cherchait pas à se pousser au premier rang. Revenu de la guerre avec un seul bras, il portait sans arrogance à la boutonnière de son veston un mince ruban jaune liséré de vert.
Le père Trébuc, qui avait eu sa médaille à l’ancienneté, admirait que monsieur Daix l’eût tout jeune gagnée autrement. Mais aux félicitations, un peu gauches, que le vieux marsouin essayait un jour de lui exprimer, monsieur Daix s’était contenté de répondre en agitant la manche vide de son veston.