Mais la mère Trébuc hochait la tête, tandis que madame Loissel, affirmant, de la tête aussi, que la mère Trébuc avait tort, s’en allait enfin, sans un mot de plus.
XI
L’APRÈS-MIDI, au milieu de la nombreuse marmaille de son square, le père Trébuc n’avait guère le temps de s’abandonner à des pensées suivies. Trop d’incidents sollicitaient sa présence, tantôt à gauche, tantôt à droite, ici, là-bas, ici de nouveau, puis plus loin. Tantôt il revoyait, après maladie, une mère qui poussait deux jumeaux dans la même voiture, et il s’intéressait poliment aux explications qu’on lui fournissait. Tantôt il morigénait une nourrice qui, toute à la lecture du Petit Parisien ou du Moniteur du Puy-de-Dôme, ne remarquait pas que son nourrisson, le cul à terre à dix mètres d’elle, suçait des cailloux. Ou bien il ramassait un morceau de papier graisseux. Ailleurs, il essayait de tirer les vers du nez à un individu qui lui semblait suspect.
—Faut ouvrir l’œil! disait-il. Sans ça, maldonne. Il y a des saligauds qui ne respectent rien.
Avec tant de soucis, le père Trébuc ne pouvait pas tourner sans cesse dans sa tête l’idée du bonheur menacé de sa Mousseline. Quand il la ressassait, il y ajoutait quelque espoir ou quelque crainte dont l’effet détruisait toutes ses réflexions précédentes.
—Au fond, se dit-il, après avoir contemplé la ronde joyeuse de quatre fillettes qui s’instruisaient à planter des choux de manières étranges mais en chantant, au fond rien ne prouve que Monsieur Daix soit en danger. Il en a vu de plus dures. Tout manchot qu’il est, ce pauvre garçon, il est plus solide qu’on ne pense.
—Bonjour, père Trébuc!
C’était une gamine d’environ trois ans qui tranchait l’optimisme naissant du père Trébuc.
Il se baissa, lui tapota la joue.
—Bonjour, Gigi.