—Je monte, fit Mousseline.

Elle montait presque tous les jours dans sa chambre, après le déjeuner, avant de repartir pour son bureau. La mère Trébuc ne la retint pas.

La scène attendue avait eu lieu, mais non point telle que la mère Trébuc se l’était d’avance représentée. Pendant tout le repas, où peu de paroles furent prononcées,—des plaintes, plutôt, à cause du prix du sucre, que l’épicier venait de hausser de huit sous sans avertir, mais on se plaignait à tous les repas du prix des denrées,—le père Trébuc semblait soucieux, et la mère Trébuc cherchait en vain à deviner quels pouvaient être les sentiments et les intentions de Mousseline. Mousseline, si désemparée au réveil, paraissait calme. La mère Trébuc craignait surtout qu’elle ne tint tête à son père, ce qui aurait gâté la situation. Mais quand, le repas fini, le père Trébuc commença de parler, la mère Trébuc fut délivrée d’un grand poids. Mousseline, attentive, écoutait. Elle ne discuta pas. Elle ne protesta pas. Elle ne pleura pas. Une fois seulement, elle interrompit son père, pour lui dire:

—Je l’aime.

Il passa outre. Il parla comme il avait décidé de parler. Il dit tout ce qu’il voulait dire. Au dernier moment, il s’était promis de se montrer généreux et de se taire sur ce que la femme de chambre des Baquier lui avait innocemment révélé. Il se montra donc généreux quant à la forme, mais quant au fond bien résolu. On ne pouvait pas s’y méprendre. Il ne voulait pas que ce mariage se fît, pour les raisons qu’il développa non sans essayer de tourner des phrases nobles, et il voulait au surplus que Mousseline désormais renonçât à toute espèce de relations avec monsieur Jaulet.

—Je ne dis rien pour le passé, concéda-t-il; mais pour ce qui est de l’avenir, je ne badinerai pas.

Et sa menace était sans appel.

La mère Trébuc, demeurée seule dans la loge après la scène, admira la fermeté que le père Trébuc avait su garder, et plus encore la résignation de Mousseline.

—Sûr qu’elle devait souffrir, la pauvre enfant! songea-t-elle.

Elle était fière et touchée du courage de sa fille. Aurait-elle eu la force de ne pas répondre, elle, la mère Trébuc, de ne pas disputer sa chance? Il est vrai qu’avec le père Trébuc on n’avait rien à disputer. Il parlait en maître, qui entend qu’on cède. Sa femme et sa fille ne l’ignoraient pas.