A neuf heures, au moment que Mousseline avait coutume de ranger son ouvrage ou son livre, d’allumer sa lampe à pétrole et de monter se coucher, tandis que le père Trébuc allait, dernier service de la journée, fermer la porte de la rue, Mousseline n’était pas encore rentrée. On l’avait attendue jusqu’à huit heures. A huit heures, le père Trébuc avait dit:
—Nous pouvons nous mettre à table, elle ne viendra plus.
Ils savaient bien qu’elle ne viendrait plus. Elle était partie avec ses objets de toilette, et laissant à peu près vide l’armoire de sa chambre: la mère Trébuc l’avait constaté sans vouloir comprendre. Mais il n’en fallait pas tant pour que le père Trébuc comprît tout de suite. Par pitié à l’endroit de sa femme, qu’il voyait écrasée de stupeur, le père Trébuc avait feint comme elle d’espérer, de croire que Mousseline jouait peut-être la comédie—sait-on jamais?—afin de faire pression sur ses parents, qui seraient trop heureux de lui accorder son Rodolphe Jaulet dès qu’elle rentrerait au bercail après un simulacre de fuite.
A neuf heures pourtant, le père Trébuc alla fermer la porte de la rue.
Ils ne s’étaient presque rien dit. La mère Trébuc avait seulement suggéré:
—Probable qu’elle est revenue pendant que j’étais chez le gérant, pour le robinet de Monsieur Chaudroule.
—Et son bureau alors?
—Dame!
Puis, après un silence, le père Trébuc, à mi-voix, prononça:
—Pourvu que personne l’ait rencontrée dans l’escalier!