PREMIÈRE PARTIE
I
— Fixe !
— Repos.
Les hommes ayant pris l’attitude commandée, le lieutenant Calorgne salua, s’immobilisa, pieds joints, au milieu de la chambre, regarda l’un après l’autre les canonniers en bourgeron fichés sur place, parut satisfait, puis se donna un coup de cravache sur la jambière et, n’ayant dans la voix ni dans l’allure plus rien d’un chef qui veut imposer, il prononça :
— Autour de moi, rassemblement.
Il s’était assis au pied du lit le plus proche.
— Vise-le ! murmura Rechin derrière le brigadier. Il va faire son petit capitaine.
Le capitaine Joussert avait en effet accoutumé de s’asseoir au pied d’un lit, lorsque, passant dans les chambres, il désirait haranguer familièrement ses canonniers. Mais, ce que les hommes acceptaient de leur capitaine comme une marque spontanée de bienveillance, ils le tournaient à singerie de la part du lieutenant. Car ils savaient que le lieutenant Calorgne n’était sorti ni de Polytechnique ni de Versailles et qu’il n’avait dû son galon de sous-lieutenant qu’aux hasards de la guerre, où il n’avait accompli aucune action d’éclat.
Un bruit de voix venait de la pièce voisine.