Il alla vers la fenêtre et l’ouvrit.

Un cortège d’hommes et de femmes, chantant l’hymne révolutionnaire, débouchait du pont.

— Ils vont du côté du quartier, dit le lieutenant Calorgne.

— Que c’est bête ! murmura sa femme.

Le cortège défila sous leurs fenêtres. Des femmes sans chapeau et des hommes à casquette marchaient au pas, quatre par quatre, derrière un drapeau rouge.

— Que c’est bête ! répéta madame Calorgne.

— Ils se prétendent antimilitaristes, et vois-les ! Ils marchent au pas, hommes et femmes, mieux que nos servants. Ils vont sûrement au quartier. C’est le 1er groupe qui est de service.

— Mais qu’est-ce qu’ils veulent ?

Madame Calorgne était inquiète. Comme la plupart des femmes, elle tremblait à la pensée de la révolution dont tous les journaux signalaient, vantaient, ou déploraient, depuis l’armistice, les progrès certains.

— Oh ! dit le lieutenant Calorgne. Beaucoup de bruit, peu de danger. Ils agitent leur drapeau rouge comme un épouvantail à moineaux. Mais, qu’on me donne seulement un peloton de chasseurs, et tous leurs épouvantails s’évanouiront.