Il avait entendu crier alerte à l’instant même où il se réveillait. Il se frotta les yeux.
Il avait eu peur. Il sourit.
— C’est samedi, songea-t-il. C’est manœuvre de la pompe.
Et il songea que, dans deux heures, les permissionnaires à destination de Paris se rassembleraient dans la cour, devant la salle des services, et que, ceux-là partis, se rassembleraient ceux de la direction de Besançon, de Dôle et de Lons-le-Saunier, et donc ceux de Passenans.
Ceux de Passenans ? Ils n’étaient guère que deux au régiment : le fils d’un fermier de Darbonnay, qui allait chez lui presque tous les dimanches, et lui, Panouille, qui n’allait chez ses maîtres que tous les deux mois, ou à peu près. Encore n’y allait-il qu’à cause de Marguerite.
Panouille se frotta les yeux. Il avait dormi, lourdement dormi. Pendant combien de temps ? Deux heures ? Trois heures ? Les camarades désignés pour la manœuvre de la pompe à incendie l’avaient, en criant alerte, tiré de son sommeil. Il dormait si bien !
— J’aurais pas dû rien répondre au brigadier, songea-t-il, ni à Rechin, ni à personne.
Sans cette sotte réponse lancée à Rechin, sans ce juron exhalé à la face du brigadier de chambrée, Panouille, à cette heure, brosserait sa culotte et sa veste numéro 2 pour aller en permission, en permission à Passenans, voir la Marguerite qui avait besoin de lui, la Marguerite qui l’attendrait peut-être à la descente du train.
— Ah !
Panouille, une fois de plus, exhala son morne juron, cause de son malheur.