De l'intéressant récit de cette guerre, dont les résultats devaient être si importants pour l'avenir, ressort surtout un événement considérable, c'est la solidarité de la France et l'influence que cette participation a eue sur son sort politique; l'étroite union de La Fayette et de Rochambeau avec Washington y a contribué pour beaucoup.
En parcourant ce livre, le lecteur se rendra compte du soin extrême que met l'auteur à indiquer les sources auxquelles il a pris ses renseignements. Tous les faits qu'il avance ont été soigneusement contrôlés. Le chapitre qu'il consacre à l'analyse de ses documents, dont quelques-uns, inédits, sont à l'état de manuscrit, est des plus instructifs.
Afin d'aider à l'intelligence du récit, et de pouvoir suivre chacune des phases de cette lutte, l'auteur, profitant de la situation qu'il occupe dans sa patrie, a dressé, en quelque sorte sur le terrain, une carte donnant minutieusement tous les endroits où les troupes ont campé. À cause de l'immense étendue sur laquelle se sont accomplis les événements, cette carte était utile à tous égards. Nous avons pensé qu'il serait agréable à nos lecteurs d'avoir le dessin des assignats que les treize États se virent dans la nécessité d'émettre afin de soutenir la lutte. Ils en trouveront le fac-similé à la fin du volume.
A. S.
Janvier 1872.
LES FRANÇAIS EN AMÉRIQUE
PENDANT
LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE
1
La guerre que les colonies anglaises d'Amérique soutinrent contre leur métropole vers la fin du siècle dernier n'eut, au point de vue militaire, qu'une importance très-secondaire. Nous n'y trouvons ni ces troupes nombreuses dont les rencontres sanglantes font date dans l'histoire de l'humanité; ni ces noms retentissants de conquérants ou de guerriers que les générations se transmettent avec un sentiment d'admiration mêlé de terreur; ni ces élans passionnés, impétueux et destructeurs qui fondèrent sur des ruines les empires de l'antiquité ou du moyen âge; ni ces manoeuvres grandioses, rapides et savantes qui sont le caractère du génie militaire des temps modernes. Là, point de grandes batailles, point de longs sièges, point de faits d'armes extraordinaires ou immédiatement décisifs. Pourtant, au point de vue politique, cette lutte, dont j'essaye de rechercher ici les origines et de retracer les péripéties, eut les conséquences les plus importantes et les plus imprévues. Ce n'est pas seulement parce que toutes les nations de la vieille Europe prirent une part plus ou moins directe à la guerre de l'indépendance des États-Unis. Si d'un côté, en effet, les princes allemands se laissèrent traîner à la remorque de l'Angleterre dans cette lutte, à laquelle les populations semblaient très-indifférentes en principe,[1] d'autre part la France, l'Espagne, la Hollande, la Suède, la Russie même, soutinrent les révoltés et s'intéressèrent à leur triomphe à des degrés différents. Les faibles éclats de la fusillade de Lexington eurent aussi de puissants échos sur toutes les mers du globe et jusque dans les colonies anglaises les plus reculées. Mais, je le répète, l'historien impartial ne trouvera guère que des épisodes à relater, dans cette période de huit ans qui s'écoula entre les premières réclamations des colons américains et la reconnaissance définitive par l'Angleterre de leur indépendance.
Note 1:[ (retour) ]Voir la brochure de Mirabeau. Avis aux Hessois. Amsterdam, 1777.
C'est qu'un pareil résultat, obtenu par une nation naissante, représentait le triomphe d'idées philosophiques et politiques qui n'avaient encore eu nulle part, jusqu'à cette époque, droit de cité. C'est que la proclamation des Droits du peuple et du citoyen vint saper dans ses bases le vieil ordre social et monarchique, substituer le règne de la justice à celui de la force dans l'organisation des empires, rappeler aux nations quelles étaient les assises véritables de leur prospérité et de leur grandeur.