En même temps, sir H. Clinton envoyait des détachements sur les côtes de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre pour tout ravager. Ils ne réussirent que trop dans cette barbare mission. Ce général concentra ses troupes sur le bord de l'Hudson et vint attaquer les forts de Verplanck et de Stoney-Point. Cette dernière place fut prise, puis reprise par Wayne. Le lieutenant-colonel de Fleury se précipita le premier dans les retranchements qu'il avait fait construire et saisit le drapeau anglais. Les Américains, non moins généreux que braves, accordèrent la vie sauve à la garnison anglaise, bien qu'elle eût commis d'horribles massacres. Washington dut pourtant abandonner ce poste après en avoir enlevé les munitions et en avoir détruit les défenses.

Aux Antilles, le marquis de Bouille déployait une activité et des talents que l'impéritie des amiraux et les mauvais temps paralysèrent souvent, mais qui jetèrent pourtant sur les armes françaises un éclat nouveau. La Dominique fut prise; mais les Anglais s'emparèrent de Sainte-Lucie que d'Estaing ne put recouvrer [97] .

Note 97:[ (retour) ] Histoire raisonnée des opérations militaires et politiques de la dernière guerre, par M. Joly de Saint-Vallier, lt-col. d'infanterie. Liège, 1783.—L'auteur (pages 70 et 99) fait un grand éloge de M. de Bouillé.
Voir Notices biographiques et aussi la Vie de M. de Bouillé. Paris. 1853.

C'est à cette époque que La Fayette demanda au Congrès l'autorisation de retourner en France, soit pour servir d'une manière plus efficace à la Cour la cause américaine, soit pour reprendre du service dans son pays si la guerre devenait continentale. Il s'embarqua à Boston, sur l'Alliance [98] , le 11 janvier 1779, comblé des remerciements et des félicitations du Congrès. Il revint quelques mois plus tard sur l'Hermione à Boston, le 28 avril 1780, reprendre son poste dans la guerre de l'indépendance, précédant les secours en hommes, en effets et en argent qu'il avait obtenus du gouvernement français.

Note 98:[ (retour) ] La frégate l'Alliance fut achevée spécialement pour ramener La Fayette en France en 1779.

D'Estaing compensa la perte de Sainte-Lucie en s'emparant des îles de Saint-Vincent et de la Grenade, en présence de la flotte commandée par l'amiral Byron. Il lui livra ensuite une bataille navale, le 6 juillet, qui mit les vaisseaux anglais hors d'état de tenir la mer. Le pavillon français eut en ce moment l'empire de la mer dans les Antilles et d'Estaing put se diriger vers les côtes de la Géorgie pour reconquérir cette province en soutenant le général Lincoln. Le siège de Savannah (septembre 1779), attaque infructueuse, qui fit couler tant de sang français sur le territoire dès États-Unis, fut immédiatement entrepris.

Le comte d'Estaing déclara plusieurs fois qu'il ne pouvait pas rester à terre plus de dix ou quinze jours. La prise de Savannah était regardée comme certaine. Pleine de cet espoir, la milice se mit en campagne avec une ardeur extraordinaire. Les Anglais avaient coulé à fond dans le canal deux vaisseaux armés, quatre transports et plusieurs petits bâtiments. Les grands vaisseaux du comte d'Estaing ne pouvaient s'approcher du rivage et le débarquement ne put s'effectuer que le 12 septembre avec de petits vaisseaux envoyés de Charleston [99] .

Note 99:[ (retour) ] Ms. de Dupetit-Thouars.

Le 16, Savannah fut sommé de se rendre aux armes de France. Cette sommation ne fut ainsi faite que parce que l'armée américaine n'était pas encore arrivée; mais les loyalistes en prirent prétexte pour accuser les Français de vouloir faire des conquêtes pour leur propre compte.

La garnison demanda vingt-quatre heures pour réfléchir à une réponse. Cette demande n'avait d'autre but que de donner le temps à un détachement commandé par le lieutenant-colonel Maitland de se joindre à l'armée anglaise dans Savannah. Cette jonction s'opéra en effet avant l'expiration du délai, et le général Prévost se crut alors en état de résister à un assaut.