«À Windham, l'armée campa dans un vallon entouré de bois où le feu prit bientôt, on ne sait par quelle cause; on employa de suite trois cents hommes à l'éteindre; mais ils ne purent y parvenir. Le feu ne dévorait du reste que les broussailles et n'attaquait pas les gros arbres. Cet accident, qui serait effrayant et causerait un véritable désastre dans d'autres pays, est vu avec indifférence par les Américains, dont le pays est rempli de forêts. Ils en sont même quelquefois bien aises, car cela leur évite la peine de couper les arbres pour défricher le sol.

«Le 20, il déserta neuf hommes du régiment de Soissonnais et un de Royal-Deux-Ponts.

«L'hôte de M. de Rochambeau à Bolton était un ministre qui avait au moins six pieds trois pouces. Il se nommait Colton, et il offrit à la femme d'un grenadier de Deux-Ponts, à son passage, d'adopter son enfant, de lui assurer sa fortune et de lui donner pour elle une trentaine de louis; mais elle refusa constamment toutes ses offres [169]

Note 169:[ (retour) ] Journal de Cromot du Bourg.—Voir aussi, pour la marche des troupes, la carte que j'ai dressée spécialement pour cette histoire.

Arrivé le 22 juin à Hartford, le régiment de Bourbonnais leva son camp le 25, celui de Deux-Ponts le 26, le régiment de Soissonnais le 27, et celui de Saintonge le 28. Ils allèrent camper le premier jour à Farmington (12 milles), le second jour à Baron's Tavern (13 milles), le troisième jour à Break-neck (13 milles), et le quatrième jour à Newtown (13 milles).

La route était meilleure et plus découverte; les stations étaient très-agréables, sauf Break-neck, qui semble fort bien nommé (casse-cou), à cause de son accès difficile et de son manque de ressources. L'artillerie ne put y arriver que très-tard. M. de Béville et l'adjudant Dumas marchaient en avant et préparaient les logements.

Pendant que ces mouvements s'opéraient, Lauzun, parti de Lebanon, couvrait la marche de l'armée, qui était à quinze milles environ sur sa droite. La manière dont on établissait les divers camps depuis le départ de Newport n'avait d'autre but que de faire le plus de chemin possible sans trop d'embarras et de fatigue; on était encore trop loin de l'ennemi pour avoir d'autres précautions à prendre que celles qu'exigeaient le service des approvisionnements et la discipline. Mais, une fois qu'on fut à Newtown [170], on eût été coupable de négligence si on avait continué à témoigner la même confiance dans l'impossibilité des tentatives de l'ennemi. M. de Rochambeau voulait masser ses forces à Newtown pour se diriger vers l'Hudson en colonnes plus, serrées; mais le 30 au soir, il reçut un courrier du général Washington qui le priait de ne pas séjourner à Newtown comme il en avait l'intention, et de hâter la marche de sa première division et de la légion de Lauzun.

Note 170:[ (retour) ] Assez jolie petite ville habitée par des tories. Cromot du Bourg.

La première division, formée de Bourbonnais et de Deux-Ponts, partit en effet de grand matin de Newtown, le 1er juillet, pour se rendre à Ridgebury; elle ne formait qu'une brigade. La seconde brigade, formée des régiments de Soissonnais et de Saintonge, partit le lendemain pour la même destination. La route, longue de quinze milles, était montueuse et difficile; deux hommes de Bourbonnais désertèrent.

Le 2 au matin, les grenadiers et les chasseurs de Bourbonnais partirent de Ridgebury pour Bedfort, où ils arrivèrent après une marche assez pénible à travers un terrain accidenté. La route parcourue était de quinze milles. À Bedfort, ce détachement se joignit à la légion de Lauzun, qui avait marché jusque-là sur le flanc gauche de l'armée, et qui maintenant prit position en avant de Bedfort dans une forte situation. Il y avait en outre, comme poste avancé, un corps de cent soixante cavaliers américains de la légion de Sheldon que le général Washington avait envoyés pour coopérer avec la légion de Lauzun à une expédition contre les Anglais.