Note 200:[ (retour) ] Cr. du Bourg.

Les Français ne restaient pas non plus inactifs. Guillaume de Deux-Ponts faisait des reconnaissances sur tout le front des troupes et s'assurait que la droite des fortifications de l'ennemi était la partie la meilleure de leurs défenses.

M. de Choisy avait eu de son côté, le 3, un brillant engagement. Voici comment Lauzun en parle dans ses Mémoires:

«M. de Choisy commença dès son arrivée par envoyer promener le général Weedon et toute la milice, en leur disant qu'ils étaient des poltrons [201], et en cinq minutes il leur fit presque autant de peur que les Anglais, et assurément c'était beaucoup dire. Il voulut dès le lendemain aller occuper le camp que j'avais reconnu. Un moment avant d'entrer dans la plaine de Glocester, des dragons de l'État de Virginie vinrent très-effrayés nous dire qu'ils avaient vu des dragons anglais dehors et que, crainte d'accident, ils étaient venus à toutes jambes, sans examiner. Je me portai en avant pour tâcher d'en savoir davantage. J'aperçus une fort jolie femme à la porte d'une petite maison, sur le grand chemin; je fus la questionner; elle me dit que dans l'instant même le colonel Tarleton sortait de chez elle; qu'elle ne savait pas s'il était sorti beaucoup de troupes de Glocester; que le colonel Tarleton désirait beaucoup presser la main du duc français (to shake hands with the french duke). Je l'assurai que j'arrivais exprès pour lui donner cette satisfaction. Elle me plaignit beaucoup, pensant, je crois par expérience, qu'il était impossible de résister à Tarleton; les troupes américaines étaient dans le même cas?

Note 201:[ (retour) ] Voir ante page 164, note, aussi p. 169.

«Je n'étais pas à cent pas de là que j'entendis mon avant-garde tirer des coups de pistolet. J'avançai au grand-galop pour trouver un terrain sur lequel je pusse me mettre en bataille. J'aperçus en arrivant la cavalerie anglaise, trois fois plus nombreuse que la mienne [202]. Je la chargeai sans m'arrêter. Tarleton me distingua et vint à moi le pistolet haut. Nous allions nous battre entre les deux troupes, lorsque son cheval fut renversé par un de ses dragons poursuivi par un de mes lanciers. Je courus sur lui pour le Prendre [203]; une troupe de dragons anglais se jeta entre nous deux et protégea sa retraite; son cheval me resta. Il me chargea une deuxième fois sans me rompre je le chargeai une troisième, culbutai une partie de sa cavalerie et le poursuivis jusque sous les retranchements de Glocester. Il perdit un officier, une cinquantaine d'hommes, et je fis un assez grand nombre de prisonniers.»

Dans cette brillante affaire, pendant laquelle M. de Choisy resta en arrière avec un corps de la milice [204] pour soutenir la légion de Lauzun, le commandant de l'infanterie anglaise fut tué et Tarleton lui-même fut grièvement blessé. La perte des Français fut très faible: trois hussards furent tués et onze blessés. MM. Billy, Dillon et Dutertre, capitaines de la légion, furent blessés légèrement; MM. Robert-Dillon, Sheldon, Beffroy et Monthurel s'y distinguèrent. Comme conséquence immédiate de ce succès, M. de Choisy put porter ses postes avancés à un mille de Glocester. Dans cette nouvelle position les patrouilles se fusillaient continuellement, et M. de Lauzun dit qu'il ne put dormir pendant le reste du temps que dura le siège.

M. de Lauzun ne raconte pas dans ses mémoires le trait suivant recueilli par un autre officier [205] et qui lui fait honneur. Comme il s'en revenait avec sa troupe, il aperçut un des lanciers de sa légion qui se défendait à quelque distance contre deux lanciers de Tarletan. Sans rien dire à personne, il lâcha la bride à son cheval et alla le délivrer.

Note 202:[ (retour) ] Elle comptait quatre cents chevaux et était soutenue par deux cents fantassins qui faisaient un fourrage.

Note 203:[ (retour) ] On remarquera ce trait qui est dans le caractère de Lauzun; son adversaire étant démonté pendant cette sorte de duel, il court sur lui, non pour le tuer, mais pour le prendre.