PLANCHE XV.
La beauté du coloris, l'excellence du style, l'esprit de la composition et le mouvement gracieux des figures donnent à cette peinture le plus rare mérite. C'est une Bacchante surprise par un Faune. Le site montueux convient aux orgies de Bacchus; il est semé de roches sur lesquelles a été renversée la Bacchante dans l'instant où elle cherchait à les franchir; la solitude l'a rendu aussi dangereux que ses aspérités. Près du faune est le bâton recourbé (pedum) et la flûte à sept tuyaux (syrinx); aux pieds de la Bacchante est un thyrse dont la pointe est environnée de lierre. Comme instrument sacré, il est orné d'un ruban rouge semblable à sa robe. Sur le fond du tambour garni de grelots (tympanum), est peinte la figure d'un Sistre; un peu plus loin est un autre instrument rond et sans fond qui pourrait bien être le Rhombe, qu'une épigramme de l'Anthologie nous décrit comme faisant partie de l'équipage des Bacchantes.
Le Rhombe circulaire anime les Bacchantes.
Hauteur, 1 P, 4 p°. 6 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°.
PLANCHE XVI.
Un Silène nu, à la barbe touffue, s'efforce d'embrasser un Hermaphrodite également nu, qui semble le repousser et vouloir s'échapper de ses mains. L'excellence du style et du coloris ne rendent en rien cette peinture inférieure à la précédente; toutes les deux paraissent être de la même main, et furent trouvées ensemble dans les fouilles de Résine.
Quoique les auteurs anciens aient fait usage indistinctement des noms de faunes, de silènes et de satyres, les Antiquaires, pour la clarté des descriptions, ont voulu les distinguer; ils se servent du nom latin de Faunes, pour désigner ces suivans de Bacchus qui ont entièrement la forme humaine, et qui n'en diffèrent que par les oreilles de chèvre et par la queue; les faunes, quand ils sont vieux et barbus, sont appelés Silènes, nom qui d'ailleurs était propre au père nourricier de Bacchus; enfin, on donne le nom grec de Satyres à ceux qui, avec les mêmes signes, ont des cornes de bouc et la partie inférieure du corps semblable à cet animal.
Les nymphes, sous diverses dénominations, peuplaient les montagnes, les forêts et les eaux; elles avaient à se défendre des surprises des Divinités rustiques. La représentation de ces scènes licencieuses plaisait beaucoup aux anciens, qui portèrent jusqu'à la passion le goût de ces tableaux que Pline désigne sous le nom de libidines. Quant aux androgynes ou hermaphrodites, également rangés dans la classe des êtres fantastiques, ils ne sont que les enfans d'une imagination égarée par l'amour des voluptés, et qui a pris plaisir à réunir dans un seul individu les attraits des deux sexes: les sujets des Bacchanales nous en offrent souvent des images; et des groupes qui représentent la même scène que cette peinture, existent en Angleterre et à Dresde.