Ces trois Fortunes, relevées en bosse sur argent, sont parfaitement semblables entre elles, et ont les mêmes attributs. Cette réunion des trois figures rappelle qu'il y avait à Rome un temple aux trois Destinées (tria fata) qu'on révérait, comme on faisait trois Parques et trois Grâces, divinités qui se confondent dans l'antiquité reculée. Le boisseau sur la tête de la Fortune, comme sur celles d'Isis et de Sérapis, est l'emblême de l'abondance; cet emblême se retrouve encore avec plus d'extension dans la corne d'Amalthée. Le timon désigne la part que prend la Fortune dans le gouvernement des empires et des affaires humaines; le croissant et l'étoile expriment sa domination sur tout l'univers, et peut-être ces signes, qui accompagnent presque toujours la déesse, expriment-ils l'opinion de quelques philosophes, qui attribuaient à l'influence des corps célestes, et surtout de la lune, tous les événemens heureux et malheureux. Chaque figure est encâdrée dans le frontispice d'un petit temple; dans le fronton de celui du milieu, on voit une partie du Capricorne, signe qui se retrouve dans les médailles comme horoscope, avec les autres emblêmes de la fortune d'Auguste, et qui semblerait désigner ici particulièrement la fortune de ce prince.

Trouvées à Civita, et gravées de la grandeur de l'original.

PLANCHE IV.

(P. 264, t. V de l'Edition royale.)

Ce petit bronze, d'un travail délicat, est plaqué d'argent dans les reliefs; il représente Esculape avec sa fille Hygie ou Salus, déesse de la santé. On reconnaît facilement le dieu à sa barbe, à ses cheveux, et a la verge entourée d'un serpent. Sa compagne porte pour attribut la tasse sacrée, d'où l'on voit sortir un serpent, particularité qui donne beaucoup de prix à ce petit monument. La déesse tient aussi dans sa main une petite branche qui n'a point été observée par les Académiciens d'Herculanum, et que l'on peut croire être la panacée. Les figures posent sur un autel, et sont encâdrées par un ornement de feuilles de laurier et de festons. Le laurier était consacré aux trois divinités qui présidaient à la médecine, Esculape, Hygie et Telesphore: on attribuait aux feuilles de cet arbre une vertu extraordinaire; on l'employait dans les triomphes pour purifier les soldats du sang versé dans les combats; on s'en servait dans les lustrations; on disait de celui qui était rassuré contre les dangers, qu'il portait un bâton de laurier. Dans les Hiéroglyphes, le symbole d'une guérison miraculeuse était une colombe qui tenait dans son bec une branche de laurier. L'usage de consacrer des tablettes de métal et de marbre pour solution d'un vœu à une divinité dont on croyait avoir obtenu quelque grace ou faveur, était très-répandu, et l'on peut regarder celle-ci comme l'une de ces représentations votives. Trouvé à Portici, et gravé de la grandeur de l'original.

PLANCHE V.

(Préface de l'Edition originale, page 37.)

La main votive dont nous donnons ici la figure sous un double aspect, se rend, par la multiplicité des symboles, plus curieuse que celles déjà connues. Comme dans les autres, les trois premiers doigts sont ouverts, et les deux derniers fermés. On remarque près de la base, dans une cavité, une femme avec un petit enfant; il semble que le sujet du vœu soit exprimé par ces figures, et qu'il se rapporte à un heureux accouchement. L'homme assis, les pieds posés sur une tête de bélier, tenant élevé l'index de chaque main, revêtu du costume phrygien ou persan, habit que les anciens ont donné, par convention, à tous les Orientaux, paraît être ici, sous la figure d'un ministre ou d'un prophête, le symbole du culte mithriaque. Le serpent, la grenouille, le lézard, la balance, la fleur, le fouet, le tympanum, le sistre, les cymbales, etc. font allusion aux Divinités révérées par l'auteur de l'offrande, ou à sa croyance religieuse, Il serait difficile de tirer un sens clair et précis de ces sortes d'énigmes, qui, peut-être, n'en avaient pas un bien formé pour ceux même qui les inventaient; on peut les regarder comme les rêves d'esprits blessés par la superstition, ou exaltés par une pieuse reconnaissance, qui voulaient remercier ou appaiser tous les Dieux qu'ils avaient implorés, ou dont ils craignaient le courroux. Aussi n'a-t-on réuni, dans l'explication de ces sortes de monumens, que des conjectures qui semblent se combattre comme les idées superstitieuses qui les ont produits. Le lecteur curieux pourra recourir aux auteurs qui en ont parlé; Lorenzo Pignorio, Tommassini, Delachausse, Gori, Montfaucon, Caylus, etc. Les Antiquaires donnent à ces mains votives le nom de Mains de bronze ou de Mains Panthées, c'est-à-dire, consacrées à tous les Dieux.