PLANCHE XII.

(P. 24, t. VI de l'Édition royale.)

Ce bronze précieux par la beauté du travail et par sa rareté, représente une jeune femme qui, de la pointe de ses pieds réunis, se tient debout sur un globe. Cette seule indication toute particulière, semble suffire pour faire reconnaître la Fortune. Souvent on voit cette inconstante Déesse représentée avec une roue ou un globe auprès d'elle, et quelques fois sous le nom de Redux, avec le globe à la main. Nous ne connaissons point de monumens où elle soit posée sur le globe; mais cet emblème se retrouve dans d'anciennes traditions et d'anciens écrits. Dans le tableau de Cébès, la Fortune est ainsi décrite: «Quelle est cette femme qui paraît être comme une aveugle et une furieuse, et qui se tient debout sur une pierre ronde?—C'est la Fortune non-seulement aveugle, mais encore folle et sourde, et cet attribut dévoile bien sa nature.—Quel est-il cet attribut?—De rester debout sur une pierre ronde.—Eh! qu'est-ce que cela signifie?—Qu'aucun de ses dons n'est sincère ni stable, et que la chute sera profonde et cruelle à qui osera se fier à elle». C'est cette pierre ronde des anciens artistes que leurs successeurs ont remplacé par une roue. L'antiquité du symbole reproduit dans ce bronze, peut faire penser qu'il est d'ouvrage étrusque. L'union des jambes si agréablement motivée, s'accorde avec cette opinion, confirmée par le collier de gemmes et de rayons. Cette figure pourrait être la déesse Nortia des Toscans, reconnue communément pour être la même que la Fortune. Ses cheveux sont rassemblés sans recherche dans un nœud fixé derrière la tête; une tunique courte sans manches, soutenue sur les épaules par deux agraffes; une seconde tunique tombant sur les pieds, forment son vêtement souple et léger; d'une main elle tient avec grâce l'un des bouts de la première; de l'autre, elle soulève un pan de la seconde, et les plis cèdent, sur tout son corps, l'aspérité des formes de la jeunesse. C'est encore l'image de la Fortune Vierge, décrite par Varron, et revêtue de deux robes ondoyantes.

Le globe sur lequel pose la figure, est orné d'un feston de feuilles de laurier: cette particularité fait douter M. Viscontí de l'explication donnée. Ce globe ne serait-il pas une cortine, un couvercle de trépied, et la danseuse ne serait-elle pas la prêtresse de Delphes, saisie de l'inspiration du Dieu?

Hauteur, 1 pied 1 pouce 6 lig.

PLANCHE XIII.

(P. 25, 26, t. VI de l'Édition royale.)

Cette Fortune, ouvrage d'un excellent artiste, se présente, avec ses attributs les plus connus, le timon et la corne d'abondance. Elle porte de plus, sur la tête, le groupe des symboles qui appartiennent à Isis, la fleur du lotus (ciselée en argent), les plumes, le modius ou boisseau. Nous avons déjà fait remarquer (Tome IV, pl. III) que la Fortune partageait avec la Divinité des Égyptiens, les emblêmes de l'abondance; et en effet, Apulée (Met. XI) ne fait d'Isis et de la Fortune qu'une même Divinité; mais c'est, pour emprunter ses expressions, «cette Fortune clairvoyante qui, de l'éclat de sa lumière, illumine tous les autres Dieux», Déesse opposée à la Déesse aveugle, la divine Providence elle-même. On sait combien les opinions sur la Fortune ont été variées; les uns lui ont donné l'empire de toutes les choses accidentelles; les autres, des choses suivies, qui dépendent de l'ordre de l'univers soumis à l'immuable destin. Elle était adorée comme versant ses influences sur les sexes, les ordres de l'état, les villes, les nations entières et les souverains qui les gouvernent: de-là les temples élevés à la Fortune virile, à celle des femmes (Muliebris), à la Fortune équestre, à la Fortune d'Antium, de Préneste, à la Fortune du peuple Romain, à celle d'Auguste; on honorait jusqu'à la Fortune de la journée. Nous croyons pouvoir nous dispenser de rapporter plusieurs petites figures de la Fortune, qui suivent dans l'édition originale celle que nous donnons ici en deux dessins. Ce beau bronze réunit tout ce qui peut satisfaire la curiosité. Nous ferons encore remarquer le bracelet en forme de serpent; il ne paraît pas ici un ornement ordinaire. Symbole de la santé, symbole de la Divinité chez les Égyptiens, on le voit encore attribué à d'autres images de la Fortune. On admirera l'élégance et la belle distribution des plis de la draperie; l'écharpe dentelée qui forme un nœud sur la poitrine, se rencontre souvent dans les figures d'Isis. Enfin, cette belle figure peut être considérée comme l'emblème le plus complet de la Divinité qui préside à la félicité humaine.

Hauteur: 1 P. 2 p°.