PLANCHE XXVII.
(P. 52, t. VI de l'Edition royale.)
FIG. I. On peut reconnaître un Dieu Lare dans cette figure de style étrusque. Les images certaines des Lares, qui présidaient aux quartiers de Rome, et que plusieurs bas-reliefs, accompagnés d'inscriptions, nous ont fait connaître, ne nous laissent aucun doute sur le véritable sujet de ce bronze. Toutes les collections et les cabinets des curieux en possèdent de semblables, mais ordinairement plus petites. La corne d'abondance est le symbole de la bonté de ces divinités domestiques et locales; la patère paraît demander des libations et recommander leur culte; l'habit succinct les présente comme des ministres des grands Dieux, employés sans cesse à parcourir la terre et à y répandre leurs bienfaits. M. Visconti, dans ses savantes explications du musée Pio-Clémentin (t. IV, pl. dernière) a fixé le caractère qu'offrent les images des dieux Lares: nous aurons occasion d'en parler encore au sujet de la planche suivante. La robe gonflée par le vent est une particularité qui semble indiquer que la divinité protectrice est en grand mouvement ou placée dans un vestibule: on remarque encore une draperie qui lui pend sur l'épaule, et dont une partie lui sert de ceinture; c'est une espèce de palliolum ou petit manteau. La chaussure est le socque proprement dit: c'est le soulier qui ne passait pas la cheville du pied, et qui, étant en Italie la chaussure la plus commune, est devenue l'emblème de la comédie; sur le soulier est une languette destinée à recouvrir les attaches: c'est ce qui donne lieu à une plaisanterie d'un poète comique, rapportée par Athénée, et qui, de nos jours, ne paraîtra pas d'un bon sel, «que les femmes ont de la langue jusque sur leurs souliers». (Ath. XV, 6. p. 677).
FIG. II. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un Echanson, proprement dit Pocillateur, tenant d'une main un rhyton, terminé en forme d'animal, et de l'autre une coupe. L'habit succinct est relatif à ses fonctions, et le reste de son ajustement rappelle ce que dit Pétrone d'un bel enfant qui servait à table dans le festin de Trimalchion, couvert des attributs de Bacchus; c'est précisément ce qu'on remarque ici dans les brodequins passés sur les souliers, dans le diadème, dans les feuilles et les corymbes de lierre, et sur-tout dans les cornes postiches.
FIG. I.—Hauteur, 1 P. 11 p°.
FIG. II.—Hauteur, 1 P. 2 p°.
PLANCHE XXVIII.
(P. 54, 55, t. VI de l'Édition royale.)
La première de ces figures tenant un rhyton et une patère, ayant une couronne et l'habit succinct, est un dieu Lare; l'autre, plus richement vêtue, la tête ceinte d'une bandelette dont les bouts retombent sur les épaules, paraît être un Camille ou ministre des sacrifices. Les images des dieux Lares n'étaient pas seulement placées dans les carrefours, dans les vestibules et les pièces intérieures des maisons, elles servaient encore à décorer les buffets et les tables mêmes; quand elles ont cette destination, on ne les voit guère sans quelqu'attribut de Bacchus; et le plus commun, le plus caractéristique est précisément le rhyton, ce vase primitif. L'usage suivi dans les festins servirait encore appuyer cette opinion, si elle n'avait pour elle l'autorité de plusieurs monumens connus. «Après le premier service, on enlevait les tables, on jetait au feu tous les restes; un enfant appelait les Dieux propices; on apportait de nouvelles tables couvertes de fruits et de vases de vin; on posait les dieux Lares sur la table; quelquefois on les promenait dans la salle en les donnant à baiser aux convives; ensuite on portait les saluts au bon Génie ou Bacchus, aux autres Dieux, et aux hommes qu'on voulait honorer» (Serv. in Æn. liv. 730.—Petron. cap. 60). Le respect qu'on portait à ces Dieux familiers, témoins de toutes les actions privées et secrètes, était peut-être le sentiment religieux le plus profond. On peut en voir une preuve dans le soin que fait prendre Virgile au vieux Anchise, de sauver ses dieux Lares de sa ville embrâsée, comme son plus cher trésor.