FIG. I. Lampe à deux mèches fracturée. Un aigle déchire un lièvre sur lequel il vient de fondre. On trouve cet emblême sur plusieurs médailles des villes grecques de l'Italie et de la Sicile.
FIG. II. On voit dans cette lampe Hercule, vainqueur du dragon qui gardait les pommes d'or du jardin des Hespérides: d'un pied il écrase le nœud dont le monstre l'a enlacé, et il l'étouffe d'une seule main. La force prodigieuse du héros est habilement développée dans cette belle attitude. On retrouve la même action exprimée sur plusieurs médailles.
FIG. III et IV. Cette lampe curieuse est un monument de l'antique usage des étrennes, qui remonte jusqu'au roi Titus-Tatius, ou du-moins jusqu' Numa. On se faisait des souhaits réciproques; on s'envoyait des présens (strenœ) différens de ceux dits Xenia, dons mutuels de l'hospitalité. Ces marques de bienveillance avaient lieu, comme encore de nos jours, le premier janvier; le second jour était nefaste; le troisième était en quelque sorte le plus solennel; c'était celui où l'on offrait des sacrifices, où l'on faisait des vœux publics pour la prospérité des empereurs. Ces fêtes étaient prolongées pendant presque tout le mois, et étaient désignées par kalendes de janvier. Dans des temps plus rapprochés, les chrétiens, qui avaient conservé l'usage des étrennes, y ajoutaient des divertissemens consistant en festins et en déguisemens sous l'habit de femme, et sous le masque de différens animaux, ce qu'on appelait vetulam et cervudum facere. C'est de-là qu'on fait dériver l'origine du carnaval, dont les folies, commençant au mois de janvier, se rattachent à d'autres extravagances empruntées aux anciens. La figure principale de la lampe est une Victoire aîlée, tenant une palme et un bouclier, sur lequel on lit l'inscription ANNUM NOVUM FAUSTUM FELICEM MIHI, que le nouvel an soit heureux pour moi! formule usitée, et celle dont on se saluait réciproquement dans ce jour de fête. Ce salut était au nombre des présages, heureux qu'on recueillait par l'ouie, omina; ceux qui frappaient la vue étaient appelés monstra. Par le mot MIHI, on voit que notre lampe était une étrenne que la personne se donnait à elle-même. Il est bon encore d'observer que, dans les souhaits et dans les prières pour la félicité, chacun avait coutume de se nommer le premier. Sur le fond du médaillon sont semés différens objets qu'on s'offrait en dons réciproques aux étrennes. La large feuille paraît représenter un éventail (flabellum); plus bas est une datte (caryota) renfermée dans sa gousse; une médaille où est représenté le signe de la bonne-foi ou de la concorde, deux mains unies et deux serpens formant caducée; une autre médaille, Victoire aîlée; de l'autre côté de la figure, une troisième médaille avec la double face de Janus, divinité qui présidait à la nouvelle année et au premier mois appelé Januarius (Janvier) de son nom; un objet qu'on ne peut discerner; enfin, une espèce de paquet qui paraît représenter une masse de figues sèches (caricœ). Ces figues se transportaient dans des vases de terre, dont l'objet en question paraît avoir la forme, suivant l'expression de Martial, torta meta (XIII, 28). On apprend effectivement par des passages recueillis dans les poètes, que les étrennes d'usage étaient des figues sèches, des dattes, des noix (et sous le nom de noix, il faut entendre plusieurs sortes de fruits), enfin des monnaies. Les dons d'argent n'avaient pas seulement lieu entre les particuliers; on en faisait aux empereurs et aux princes, dont on recevait de semblables dons de la main à la main. Dans la suite, le sénat fit offrir les monnaies l'empereur dans une patère d'or, par le préfet de la cité. Honorius fixa ces présens à une livre d'or, et l'empereur faisait distribuer aux magistrats et aux personnes de distinction, d'autres monnaies ou médailles, le plus souvent frappées à son image. On trouvera des lampes semblables à la nôtre, rapportées par Bellori (Luc. sep. P. III, Tab. V) et Passeri (Luc. fic. P. I, Tab. VI).
FIG. V. Lampe à une seule mèche. Victoire aîlée, tenant une palme et une couronne, et posant sur un globe; c'est ainsi que la Victoire est ordinairement représentée sur les médailles.
PLANCHE IV.
(P. 7, 8, t. VIII de l'Edition royale.)
Nous nous contentons de rapporter dans cette planche les médaillons de plusieurs lampes, dont la forme est peu curieuse; on y voit des gladiateurs en différentes attitudes. L'opinion que les mânes ou les dieux infernaux s'appaisaient par le sang humain, paraît avoir été l'origine des combats de gladiateurs, si l'on en juge par la coutume barbare d'immoler des prisonniers de guerre ou des esclaves dans les funérailles des princes et des grands. L'invention de ces combats est le plus communément attribuée aux étrusques, dont les monumens funèbres offrent souvent de telles représentations. Quoi qu'il en soit, le goût en fut porté jusqu'à la fureur chez les Romains, qui les admettaient comme un divertissement au milieu des festins. Non contens d'en jouir comme d'un spectacle, des hommes libres, des chevaliers, des sénateurs se plaisaient à s'y livrer. Les femmes même partagèrent cette fureur, et l'empereur Sévère fut obligé de rendre un édit pour leur interdire ces jeux sanglans. C'était le spectacle qui excitait le plus la curiosité du peuple. Les empereurs le faisaient principalement donner à l'ouverture des guerres, sans doute pour exciter le courage dans l'âme des soldats. Les occasions en étaient, au reste, très-fréquentes. Les magistrats, et sur-tout les édiles, faisaient donner des combats de gladiateurs, en prenant possession de leurs charges; mais ce spectacle paraît avoir été particulièrement consacré aux pompes funèbres, dans celles même de simples particuliers, qui le prescrivaient fréquemment par leurs testamens, et faisaient des legs ou des fondations pour qu'il fût renouvelé à chaque anniversaire. On peut donc considérer comme lampes sépulcrales, plusieurs de celles qui portent des images de gladiateurs. Ces figures ne sont point toujours un monument des combats exécutés en l'honneur des morts: l'image des cérémonies, qu'on n'avait pu exécuter, suffisait dans l'opinion religieuse pour appaiser les mânes.
FIG. I. Gladiateur frappé à mort, et qui a abandonné ses armes.
FIG. II Celui-ci, un genou en terre, semble attendre son adversaire, prêt à se couvrir de son bouclier et à frapper. Son casque est surmonté d'une aigrette; le vainqueur enlevait cette aigrette, et la montrait au peuple en signe de sa victoire: de-là Juvénal les appelle Pinnirapi.