Nous avons précédemment désigné, par le nom de lampadaire, les instrumens propres à porter à-la-fois plusieurs lampes, suspendues: ces ustensiles ont le plus souvent la forme d'un tronc d'arbre, auquel on n'a laissé que quelques branches dépouillées de leurs feuilles. Cette invention nous offre l'imitation des arbres consacrés à un semblable usage, dans les fêtes champêtres. Les candélabres destinés à porter une seule lumière ont une forme plus noble, mais qui doit sans doute aussi son origine à quelque usage familier. Le trait qui distingue particulièrement le candélabre est la canne ou le roseau qui servait à porter la pomme de pin ou la torche allumée: on a fixé le roseau dans le trépied qui la recevait momentanément; on a couronné la tige d'un disque, d'un calice ou d'un chapiteau. L'art s'est ainsi emparé d'une forme grossière; mais en l'embellissant, il a conservé la grâce qu'elle empruntait à la nature; dans le candélabre le plus orné, quelque chose rappelle toujours sa naissance. Souvent là tige est une colonne cannelée; imitation d'un faisceau de cannes. Si c'est une colonne lisse, sa légèreté s'éloigne de la proportion mâle de l'architecture. Peu-à-peu le luxe a déployé des ornemens plus recherchés; le disque destiné à porter la lampe a posé sur un chapiteau: celui-ci a pris la forme d'un vase, et le vase a reçu tous les ornemens qui lui conviennent; il a été embelli de feuilles de chênes et d'acanthe, de pampres, de bas-reliefs saillans, ou de travaux délicats à très-bas-relief. Ces ornemens furent prodigués sur la coupe et sur le disque, et jusque sur la cimaise de la tige. La richesse du travail ajouta encore un nouveau prix à l'élégance; le disque reçut de l'emploi des métaux, l'agrément des couleurs. Sa surface damasquinée offrit des feuillages et des arabesques rendus avec la délicatesse qui appartient à la peinture. Les pieds des candélabres eurent aussi des ornemens plus recherchés. La tige sembla naître d'une touffe de feuillage. Le trépied fut formé avec les pattes et les griffes de divers animaux, mais sur-tout du lion. Des feuilles interposées avec goût entre l'embranchement des pattes, servirent à les lier avec grâce: on sauva aussi la nudité de leur union, en y appliquant des roses ou des masques. Ce pied n'offrait pas un champ assez vaste pour recevoir beaucoup d'ornemens, il fallut y ajouter un disque dont le travail répondit à celui de la partie supérieure. On ne peut, de toutes ces observations, déduire une règle générale pour la composition des candélabres; il faut les ranger parmi les ouvrages qui permettent beaucoup la fantaisie et au goût de l'artiste. Un exemple récent prouve le parti qu'on peut tirer des beaux modèles de l'antiquité, en les appliquant à nos usages modernes; nous voulons parler des candélabres de fonte qui décorent le pont du Louvre, et qui servent, en supportant des lanternes, l'éclairer pendant la nuit.
Les candélabres que nous publions, quelqu'élégans qu'ils soient, étaient d'un usage familier: l'art à porté plus loin ses inventions et la beauté d'exécution dans ceux qui étaient consacrés aux usages religieux. On peut voir ce que l'antiquité nous a laissé de plus admirable en ce genre, dans les œuvres de J.-B. Piranesi, et dans le Musée Napoléon, récemment publié par ses fils à Paris. M. Visconti, dans son musée Pio-Clementino, donne des notions très-intéressantes sur ces monumens religieux, dont nous n'avons point à offrir de modèles dans notre collection. Nous revenons donc aux candélabres dont nous avons exposé les dessins. Ils sont de bronze, à l'exception d'un très-petit nombre qui sont de fer; les ornemens sont de bas, ou très-bas-relief, sortis du jet de la fonte presqu'entièrement finis; en sorte qu'il a fallu peu de travail pour les polir. On ne trouve guère la trace de l'outil que dans les reliefs très-bas dont la tranche demandait à être marquée avec plus de profondeur. Pline nous apprend que les fabriques les plus célèbres étaient celles de Tarente et de l'île d'Égine. En commentant le passage de cet écrivain (lib. LXIV), il paraît que les premières excellaient pour la beauté de la forme; et les secondes, pour la délicatesse et le fini des ornemens: il serait difficile de décider auxquelles de ces fabriques il faut attribuer nos candélabres. Nous avons déjà parlé d'une magnifique habitation voisine d'Herculanum, dont le possesseur avait pris plaisir rassembler une grande quantité d'ouvrages de l'art des Grecs: c'est là qu'on trouva la plus grande partie des statues, et presque tous les bronzes de notre collection; c'est là aussi qu'on a trouvé ceux des candélabres dont le pied est couronné d'un disque. Cette circonstance pourrait faire penser qu'ils sont d'un travail grec, et plutôt des fabriques d'Égine, que de celles de Tarente.
La pl. XLV représente les chapiteaux de divers candélabres, dont nous ne donnons ni le fût, ni le pied, attendu que ces parties n'offrent qu'une répétition de ce qu'on voit dans les autres planches. (XVIII, XIX), et à l'aide des rapprochemens fournis par les connaissances des machines en usage de nos jours, parvenir à donner une idée des pressoirs qui complètent le cellier à l'huile de Stabie; c'est ce qu'on a essayé dans le plan pl. XLIX. Les renvois de ce plan suffiront pour le faire comprendre. Les voici en deux colonnes; dans la première, nous les exprimons en latin pour être plus agréables à ceux de nos lecteurs qui voudraient suivre le texte de Caton.
| A | Pavimentum torcularii. | Pavé du cellier. |
| B | Pavimentum inter binos stipites. | Pavé entre les deux poteaux. |
| C | Parietes. | Murailles. |
| D | Vasa instructa juga II. | Vases accouplés. |
| E | Trapetes. | Meules. |
| F | Areæ. | Aires. |
| G | Canales. | Rigoles. |
| H | Lacus. | Bassins où se rendait l'huile. |
| I | Fora cum foraminibus. | Cuves avec des trous, où l'on mettait égoûter les olives triturées avant de les jeter sur le pressoir. |
| K | Arbores. | Arbres jumeaux, ou un seul arbre fendu dans lequel descendait la poutre. |
| L | Stipites. | Poteaux. |
| M | Trabes planæ. | Madriers. |
| N | Trabeculæ vel tigni. | Soliveaux ou aiguilles. |
| O | Præla. | Poutre ou grand arbre du pressoir. |
| P | Laigulæ prœlorum. | Languettes des poutres. |
| Q | Sucula cum senis foraminibus. | Treuil à six trous. |
PLANCHE XLVI.—XLIX.
(Préf. de l'Edition royale.)