Percy Smith était un habitué du Théâtre-Français.
On ne sait pas au juste pourquoi il y vint la première fois.
Peut-être avait-il simplement passé devant. Peut-être avait-il appris par un Anglais que c’était le plus fameux théâtre de Paris.
Un soir, il se présenta au guichet, regarda, sans y rien comprendre, le prix des places, lut tant bien que mal les mots : avant-scène de balcon. Il les répéta, en les déformant, à la préposée, et déposa un billet de cent francs sous le guichet. La buraliste lui rendit trois pièces d’or, lui donna le coupon de l’avant-scène B, qu’il exhiba sur sa route à quatre ou cinq contrôleurs et ouvreuses. Il finit par s’installer tout seul dans une des avant-scènes de droite, qui font face à celle de M. Fallières.
On jouait ce soir-là Jean Baudry, d’Auguste Vacquerie. Percy Smith suivit la pièce dans le plus profond recueillement et s’en alla à minuit, très content de sa soirée. Il avait été un peu étonné tout de même qu’on ne lui eût pas rendu davantage sur son billet de cent francs.
Il finit par apprendre et par retenir ces mots : meilleur marché, qu’il prononçait : méa mâtché.
La seconde fois qu’il se rendit au Théâtre-Français, il s’approcha du premier bureau, et prononça sa phrase : « Méa mâtché. »
Un sergent de ville obligeant le conduisit au deuxième bureau ; on lui rendit, cette fois, sur son billet de cent francs, une grande quantité de monnaie d’or et d’argent.
Quand il parvint tout au haut du théâtre, il s’aperçut qu’il était très mal placé. Le premier acte du Marquis de Villemer commençait. Il attendit le baisser du rideau, s’approcha d’une ouvreuse, à qui il raconta toutes sortes de choses en anglais ; il en raconta encore davantage à l’inspecteur à qui on le conduisit… Au contrôle, il fut intarissable. Enfin il remit un billet de cent francs à un monsieur en habit, qui lui rapporta un coupon de fauteuil d’orchestre, avec une quantité de monnaie encore très considérable.