Je regardai sur son col de tunique le numéro de son régiment. N’était-ce pas le régiment du colonel en question ? Hé ! oui ; c’était bien cela…

— Ton colonel, lui dis-je, c’est bien, monsieur…

Il me le nomma.

— Tu le connais ? me demanda-t-il.

— Oui, un peu… vaguement… Et toi, qu’est-ce que tu penses de lui ?

— C’est un homme tout à fait remarquable, d’une grande science, d’une grande intelligence qui a une tenue parfaite, d’excellentes idées sur la discipline, qui conduit admirablement son régiment… Ah ! il n’y a pas à dire, c’est quelqu’un… C’est un homme !

Et satisfait de cette phrase, qui, pour moi, du moins, n’était certes pas dénuée de quelque autre sens, il répéta à plusieurs reprises :

— C’est un homme… C’est un homme…

CHAPITRE XL
LE SERVANT DU DRAME EN VERS

Le garçon ouvrit une porte à tambour, et je me trouvai en présence du directeur de la Scène-Moderne, le nouveau théâtre de deux mille places que l’on venait d’édifier. En apercevant à son bureau celui que les communiqués appelaient M. de Nathaniel, je poussai un cri de surprise. Car j’avais devant moi un de mes camarades de jeunesse, Paul Pierre, le courtier en vins. Nous nous étions connus dans la ville de province où j’habitais. Paul Pierre, qui n’était pas du pays, mais qui y venait très souvent pour ses affaires, s’était fait admettre au Club Athlétique, dont je faisais partie. Ce Club Athlétique, très prospère, comprenait en plus d’une douzaine de canotiers et de gymnastes, trois ou quatre cents fonctionnaires et négociants de la ville, que réunissait une commune horreur des exercices violents.