Il était superstitieux. Mais il préférait venir le vendredi qu’un jour plus tard.

— Je viendrai, dit-il, vendredi matin.

— Non, vendredi soir… Le matin nous serions dérangés.

Je savais très bien que je n’y échapperais pas. Mais je voulais obtenir tous les sursis. Le vendredi matin, j’écrirais un petit bleu, pour dire que je n’étais pas bien portant, et pour gagner deux ou trois jours.

Il se trouva que le vendredi matin, j’avais un très fort mal de dents. Comme je souffrais véritablement, je n’écrivis pas à Thoneau que j’étais souffrant. Il aurait cru à un mensonge. Il valait bien mieux le laisser venir, pour qu’il pût constater que j’étais vraiment malade. Alors, je dirais : « Vous voyez, je suis absolument hors d’état de vous écouter… »

Tout se passa d’abord comme je l’avais espéré. Thoneau, armé de son manuscrit, se présenta vers six heures du soir. Il me vit installé sur un fauteuil, affligé d’une fluxion indéniable, avec un rempart d’ouate autour de mes oreilles et de mon visage asymétrique.

— Mon vieux, je suis navré. Je vous ai laissé venir, parce que je pensais que ça irait mieux ! Mais ça reprend terriblement depuis une demi-heure.

— Pourtant, ça enfle, dit Thoneau, vous devriez ressentir un certain soulagement.

— En effet… Mais, j’ai un autre abcès de l’autre côté… Je suis désolé de vous avoir fait venir pour rien…

— Mais je suis content d’être venu vous voir. Je suis ennuyé seulement que vous soyez souffrant…