Je connais des « baissers de rideau » dans des seconds actes de vaudeville, où l’un des personnages doit toujours donner une gifle à un autre. Le prétexte importe peu. On se passera de la gifle, si l’on a un commissaire de police, muni d’une écharpe, et qui arrête tout le monde.
Dans des drames lyriques, on peut applaudir de confiance toutes les fois que, rompant le rythme de l’alexandrin, un des acteurs (de préférence un travesti) récite une petite ballade, une villanelle, des triolets ou un rondeau.
On applaudira encore en toute sincérité dans les cas suivants :
Quand, au dernier couplet d’une romance, un chanteur dit les deux derniers vers avec une toute petite voix presque imperceptible ;
Quand un acteur lyrique ouvre les bras de tout leur long, en agitant frénétiquement la tête, ce qui indique la fin de la tirade ;
Quand deux personnes, fâchées depuis longtemps, se réconcilient et tombent dans les bras l’une de l’autre.
Ces façons de provoquer l’enthousiasme des spectateurs sont bien préférables à l’emploi de la claque, qui n’est pas mauvaise pour soutenir un effet, mais qui produit toujours une fâcheuse impression quand elle n’est pas « suivie ».
Avant la représentation d’un drame de la Porte-Saint-Martin, le chef de claque avait noté ces mots : « … le roi de toutes les Espagnes », qui terminaient une tirade. Il ne s’était pas aperçu que quelques minutes auparavant, une suite de phrases insignifiantes finissait par ces mêmes mots, que la claque, à la répétition générale, souligna d’une approbation incompréhensible.
On a souvent souhaité la création d’une claque bien organisée, disséminée aux différentes places, et qui manifesterait sa satisfaction autrement que par de secs coups de battoir. Le public accueille mal cette averse inopinée, et plutôt réfrigérante. Il faudrait, pour soutenir les pièces, une équipe soigneusement choisie de rieurs et de sourieurs. Jamais la question n’a été étudiée avec méthode. On n’a jamais fait passer aux claqueurs des auditions de rires et des revues de sourires.
On trouverait assez facilement des dilettantes proprement vêtus et capables de dire d’une voix pâmée : « Brava ! brava ! »