Mais M. Planchet ne pensait à rien. Il était là comme un épagneul tombé d’un avion et n’éprouvait que l’impression d’une soif considérable, prête à s’étancher à tout prix.
Le génie de l’instinct lui fit aviser un brin de paille qui sortait d’une bourriche. Ce brin de paille constituait un excellent chalumeau et, comme la cage comportait un petit réservoir d’eau, M. Planchet se désaltéra légèrement, aux dépens des canaris. A la première gorgée, il s’aperçut que cette eau était loin d’être pure et borna là son indiscrétion. D’autant, pensait-il, qu’il trouverait bien dans le pays quelque frais ruisseau. C’est pour commencer cette recherche qu’il se disposa à quitter la voiture…
Or, tandis que M. Planchet faisait des efforts infructueux pour ouvrir la portière, M. Célestin ayant déjeuné, sortait de l’auberge… Et voilà pourquoi M. Planchet, toujours occupé à essayer d’ouvrir la porte, vit devant lui, pour la seconde fois depuis vingt-quatre heures, la petite gueule sombre d’un browning.
Ce browning-là, aux mains d’un autre, paraissait infiniment plus dangereux que le sien. Heureusement, M. Planchet connaissait ce demi-mouvement de gymnastique suédoise qui consiste à lever les bras le plus haut possible et qui est excellent, dans certaines circonstances tragiques, pour conserver sa vie et sa santé.
On croirait volontiers que des gens réputés « pas commodes », du type du chauffeur Célestin, vont se montrer particulièrement terribles quand un grave incident vient leur en fournir l’occasion. Célestin trouvait dans sa voiture un individu mystérieux, qu’il avait tout lieu de prendre pour un malfaiteur. C’était pour lui, semblait-il, un bon prétexte pour assouvir sa continuelle rancune contre son prochain. Eh bien ! il en fut tout autrement. Au contraire, le rogue Célestin se montra satisfait de voir le genre humain lui donner raison en s’avérant franchement criminel, et il fut sans doute reconnaissant à Planchet de lui fournir une bonne justification de sa farouche misanthropie.
Sans bouger, sans baisser le canon de son arme, il héla d’une voix forte et grave le patron de l’auberge, qui s’avança sans empressement, suivi à peu de distance d’une jeune fille plus intrépide et plus curieuse, qui dépassa bientôt son père et vint coller son nez à cette vitre même derrière laquelle M. Planchet semblait lever les bras au ciel à perpétuité.
— Vous approchez tout de même pas trop de ce malandrin, dit Célestin à la jeune fille, que la vue de M. Planchet n’arrivait pas à terroriser… Toi, l’andouille, dit presque jovialement le mécano à l’aubergiste, va me quérir une bonne corde à fourrage. Nous allons ficeler ce gaillard-là pour qu’il reste un peu tranquille.
Pendant que l’aubergiste exécutait ses ordres, Célestin ouvrait la portière et, le revolver toujours braqué, procédait à un premier interrogatoire.
— Dis-moi d’abord comment qu’t’es entré là-dedans ?
— Je n’en sais rien, dit Planchet, rattrapant ses esprits avec peine, comme on tâche de mettre la main sur des poussins égaillés… Je suis entré dans le garage, là-bas… dans un pays qui s’appelle… qui s’appelle… Bront-les-Eaux.