— Oui… Mais vous savez, pour Nancy, une femme de mon âge… C’est voyant.

— Vous en trouverez dans tous les genres…

Gustave fait son apparition. Il est vêtu d’un pantalon et d’un gilet de flanelle. Il tient une bouillotte à la main. Il n’a pas attendu l’après-midi pour faire sa toilette. Mais il la recommence, jugeant qu’il l’a faite trop sommairement le matin…

Comme l’explique Mathilde à tante Claire, Gustave est un maniaque du débarbouillage. Il se lave pendant des heures, mais jamais à grande eau. Il se lave par petites touches, comme on nettoie un objet précieux.

— Ah ! tante Claire, dit Gustave, j’ai quelque chose pour vous…

Pour chercher dans les poches de son pantalon, il pose la bouillotte sur la table, ce qui lui vaut une observation de Mathilde. Il reprend la bouillotte et parcourt la pièce à la recherche d’un morceau de papier. Il tombe sur un journal de modes et s’attire encore des reproches, parce que le fond de la bouillotte va certainement marquer sur un modèle de costume tailleur, de demi-saison…

Toutes ces manœuvres sont d’ailleurs inutiles, car il n’y a rien dans les poches du pantalon.

— Je les ai laissées sur le lavabo… C’est deux entrées pour le village abyssin.

Un village abyssin s’est, en effet, installé dans un grand terrain vague, près de Levallois. Pendant quelques jours, il a attiré des visiteurs blancs. Mais, un mois après l’ouverture, bien qu’il y ait chez tous les marchands de vin des piles de billets d’entrée à prix réduits, rien ne trouble plus la paix intense de ces Africains. Quand un client de Paris s’aventure dans leurs parages, c’est lui qui devient l’objet de curiosité.

— Voilà ce qu’il trouve à vous offrir, dit Mathilde : des places pour aller voir des moricauds. A l’entendre, il connaît tout Paris, des contrôleurs de théâtre… Et voilà tout ce qu’il tire de ses relations.