— Il a toujours manqué d’esprit de suite, dit la tante.

— Et avec ça pas de réussite. Vous me direz que l’un est peut-être la conséquence de l’autre. C’est ce que je lui dis à lui. Mais je dois reconnaître entre nous qu’il n’a pas beaucoup de chance.

— Et vos enfants doivent vous coûter de plus en plus cher…

— Jacqueline gagne un peu dans la maison où elle est dactylo. Mais elle n’y va que le matin. L’après-midi, elle suit un cours de dessin qui lui coûte la moitié de ce qu’elle touche dans sa maison. Mais son père s’est mis dans la tête qu’elle a un immense talent. Vous savez, avec Gustave, ça ne reste jamais dans la moyenne.

— Et votre aîné ?

— Il prépare Centrale.

— C’est joli.

— C’est joli si l’on est reçu. Gustave, naturellement, avait trouvé un ami — merveilleusement savant — qui devait lui donner des leçons pour rien… Ou plutôt la question des honoraires était restée dans l’ombre, comme il arrive souvent avec Gustave. Finalement, nous avons reçu une note. C’était plus cher qu’avec un professeur régulier. On s’est arrangé avec ce monsieur. Mais je crois que ses leçons n’étaient pas très fameuses.

— C’est curieux que ce garçon de cinquante ans n’ait jamais eu d’occupations suivies…

— Au début de notre mariage, il avait trouvé une place dans une affaire de boîtes postales à domicile. On mettait ses lettres chez soi, et des facteurs spéciaux les portaient au bureau de poste. Il y avait un bureau d’études où Gustave allait dix heures par jour — dix heures simplement de présence, parce que je ne vois pas ce qu’il y avait à y faire. Je trouvais que c’était beaucoup pour un jeune marié. Je m’en plaignais, et j’avais tort de me plaindre, parce qu’après, je l’ai eu avec moi beaucoup plus de temps que je n’aurais voulu.