— Oui… Je viendrai ces jours-ci… Est-ce que c’est papa qui a demandé à me voir ?

— Non. Nous n’avons pas voulu lui parler de toi. Je ne sais même pas s’il sait que tu es à Paris. Mais il peut l’apprendre d’un jour à l’autre. Et il se demandera pourquoi tu ne viens pas à la maison.

— Il devra bien penser que c’est à moi d’attendre qu’il m’appelle.

— Tu n’as pas à attendre que ton père t’appelle, dit la sœur aînée. Je te dis qu’il vaut mieux que tu viennes de toi-même.

— Je ne viendrai pas de moi-même. Ce n’est ni par entêtement, ni par orgueil. Si papa veut me voir, il saura bien me faire venir.

Cécile insiste. Pour le monde, il n’est pas convenable que le fils et le père soient fâchés.

On ne peut pas dire qu’elle démasque ses batteries. Elle n’a pas vraiment dressé de batteries. Le sentiment qui domine en elle, c’est le désir bien naturel de faire cesser une brouille dans la famille. Il est certain aussi qu’elle pense à la situation de son mari… Si le monde apprend que Langrevin père et fils sont fâchés, il n’en résultera rien de bon pour Florentin… Jusqu’à ce moment, personne n’a su que Marcel avait quitté la maison paternelle. La version officielle est que le fils Langrevin est parti, sur l’ordre du chef de famille, à l’étranger, pour apprendre les affaires. Mais si l’on vient à savoir qu’il est à Paris et ne voit pas son père, qu’est-ce que pourra dire alors la famille ?

Cécile hoche la tête. Marcel regarde très loin devant lui, mais aucune solution nette ne se dessine à l’horizon. Il faut pourtant savoir ce que l’on va faire.

— Écoute, Cécile, pour quelque temps, pour un temps indéterminé, je veux mener une existence séparée. Excuse-moi si cela fait du tort à ton mari.

— Il n’est pas question de cela.