J’y aurais aussi, en supplément, les doigts du dentiste... Je m’approchai de la fenêtre, pour le voir venir d’un peu loin. Au bout d’un instant j’aperçus, traversant la rue, accompagné d’un enfant, un gaillard terrible, avec trop de cheveux frisés. Qu’est-ce que j’allais lui dire? Je ne sentais plus mon mal de dents. C’était probablement un coup d’air, et aussi un peu de neurasthénie, de l’auto-suggestion, oui, de l’auto-suggestion...
J’entendis s’ouvrir la porte d’entrée, puis celle du cabinet. Machinalement je regardai les doigts de l’opérateur, et ses ongles... Puis, décidé:
—Monsieur, je ne viens pas pour une dent... Je vais très bien. Mais nous sommes en auto. Et nous avons besoin pour une petite réparation, d’un outil délicat, que nous ne pouvions trouver qu’ici. Une petite pince... Et si vous pouviez nous céder cela...
VISITEURS
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Il y a au Salon de l’Automobile des voitures admirables et mille autres objets intéressants. L’installation est grandiose et l’éclairage merveilleux. Tout cela a été dit, et le plus extraordinaire est que c’est vrai.
J’y suis allé une première fois pour admirer l’installation, qui vaut à elle seule le voyage. J’y retournerai d’autres fois pour regarder les voitures. Et j’y retournerai tout le temps pour voir les visiteurs, qui ne constituent pas le moindre attrait de l’Exposition.
Ce n’est point le public étrange et bigarré des foires universelles. Le pittoresque en est moins violent. C’est plus près de nous, c’est plus humain.
Je ne veux pas prendre les airs d’un observateur féroce, qui le monocle à l’œil, entre là pour «observer». Dans ces conditions, avec un œil braqué, on ne voit rien du tout. Il faut au contraire que le regard erre librement, innocent de toute intention. Il ne faut pas chercher et provoquer le client; il faut l’attendre.
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Le visiteur compétent échappe à ma compétence. Quand il se prononce avec gravité sur l’excellence d’un dispositif, son autorité m’en impose toujours; je suis incapable de dire si elle est ou non usurpée. J’ignore si l’on doit admirer le savoir de ce monsieur, ou railler son pédantisme.