—Toujours au même endroit. Nous avons notre maison de campagne, que nous avons achetée assez cher. Si nous voulions la vendre, nous ne retrouverions jamais notre prix. Alors nous l’habitons.

—Plaignez-vous. Elle est très confortable, située dans un pays charmant...

—Un pays charmant, mais toujours le même. Nous voudrions changer un peu. N’est-ce pas un des charmes des vacances que de se «dépayser»? Maintenant nous avons notre résidence d’été, aussi connue de nous, aussi familière que notre résidence d’hiver. Or, pour bien goûter le plaisir du home, il faut en sortir quelquefois. Nous y sommes emprisonnés. C’est le home à perpétuité. Comme dit l’héroïne du Pain de Ménage, de Jules Renard, nous sommes heureux d’un bonheur auquel il faut se résigner.

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Après la lamentation des gens qui ont «leur propriété», il faut entendre la plainte inquiète de ceux qui ne savent où aller, et qui cherchent des villas sur toutes les côtes de France, de Belgique et d’Angleterre.

Ils s’effraient à l’idée de demeurer vingt-quatre heures dans un hôtel avec leurs bagages en consigne. On voit passer sur les plages de ces petites troupes d’aventuriers timides, peu faits pour l’aventure, des familles sans gîte de gens paisibles, rangés, et qui n’ont pas l’entraînement nécessaire pour coucher sous les ponts...

D’ailleurs, il n’y a même pas de ponts. Les piles de bois goudronné qui soutiennent la jetée sont tapissées d’un vert humide et incrustées de coquillages... On répand des bruits sinistres sur l’encombrement des hôtels... Un monsieur a dû passer la nuit sur un billard... La légende du monsieur sur le billard a cours sur toutes les plages. A noter aussi désormais cette légende plus moderne des chauffeurs malheureux qui ont dû dormir au garage, dans leur automobile.

On avait décidé d’abord de faire soi-même toutes les rues du pays, afin de découvrir les villas meublées sans avoir recours aux agences, de façon que le prix de location ne fût pas majoré de la commission accordée par le propriétaire à l’intermédiaire. Mais, de guerre lasse, on finit par s’adresser à un de ces agents...

Alors commence la promenade à travers la ville. On est tellement fatigué qu’on a frété une voiture, une de ces voitures vénérables appelées paniers, avec une caisse en osier et un dais chancelant. Sur le siège a pris place un vieux forban plein de mystère, et, entre les brancards qui l’étayent, trotte et galope à la fois, mais sur place, le plus osseux et le plus âgé des anciens chevaux de dragons.

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