—Je recommence... Attention!... Êtes-vous prêt?

—Non, dit encore le jeune homme.

Le vieillard s’assit, découragé: «Quand je vous demande si vous êtes prêt, dit-il d’une voix faible, il faut répondre: Oui.»

—Et si je ne suis pas prêt? dit le jeune homme... Pourquoi me demandez-vous si je suis prêt, si vous êtes sûr de la réponse? Ce n’est pas sérieux, ajouta-t-il sévèrement.

Et il partit, laissant le vieillard torturé par le doute à la fin de sa vie, à l’idée que la réglementation du tir au commandement n’était pas parfaite. Mais cette torture dura peu. Car le client facétieux avait laissé un bon pourboire à l’octogénaire; et l’on se console vite à cet âge.

UN SPORT
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Il est possible que d’ici cent ans l’automobile ait complètement remplacé le chemin de fer, et que les convois sur voie ferrée aient fait place à des trains sur route ordinaire, qui seront partout si fréquents qu’il n’y aura même plus à se préoccuper de l’heure du train.

Je le regretterai, car s’il est agréable, d’un sens, de n’avoir plus à penser aux horaires, c’était un vrai sport que celui qui consistait à prendre un train. Une fois que le train était pris, ça devenait moins intéressant. Mais «prendre un train», arriver à la gare à l’heure, c’était là une source d’émotions qui avait son charme. J’ai longtemps pratiqué ce sport sans savoir que c’en était un. Mais maintenant que j’y pense, je me reproche de ne pas m’en être douté.

Arriver à l’heure à la gare, bien entendu, c’est arriver à l’heure juste, et non pas dix minutes, ni cinq minutes, ni même deux minutes avant. Je connais bien des gens qui tuent une heure sur les quais de la gare de Lyon, quand ils partent pour Ambérieux ou pour Chalon-sur-Saône, même quand ils ont retenu leur place d’avance. Ce sont des philistins, des vandales.

Qu’ils perdent une heure, ce n’est pas la question. Moi je perds cette heure chez moi à ne rien faire. Mais je ne quitterai mon domicile que lorsque je n’aurai plus devant moi que le temps nécessaire pour aller à la gare. Et je flâne chez moi jusqu’au dernier moment, non parce que je suis un flâneur, mais parce que je suis un sportsman.