— Tu ne veux pourtant pas, dit Mme Henry que nous quittions le Vésinet, où nous allons depuis dix-huit ans ?
— Laisse-le donc parler, dit M. Henry. Lui, tu comprends, ça lui sera complètement égal, si je fais chaque jour une heure en plus de chemin de fer pour aller au magasin.
— Tu exagères, papa. Ça ne fait jamais une heure en plus. Combien mets-tu pour aller au Vésinet ? Trente-cinq minutes. Sais-tu combien mettent les express pour aller à Bernainvilliers ? Trois quarts d’heure. Et la gare du Nord est bien plus avantageuse pour toi que la gare Saint-Lazare. C’est à cinq minutes du magasin.
Il s’avance un peu en évaluant le trajet de Paris à Bernainvilliers à trois quarts d’heure. Tous les trains mettent un peu plus d’une heure, à l’exception d’un seul, qui fait la distance en quarante-neuf minutes, un train de luxe qui vient de Lille deux fois par semaine, et passe à quatre heures du matin à Bernainvilliers, où, dit la note W de l’indicateur, il descend des voyageurs sans en prendre.
Cependant, Daniel s’enhardit, car la résistance est plus faible qu’il n’aurait cru.
— Mme Voraud m’a dit qu’elle serait enchantée que vous veniez.
— Est-ce que ce sont des gens à fréquenter pour nous ? dit M. Henry. Ils sont trop huppés.
— M. Voraud, dit Daniel, m’a répété je ne sais combien de fois qu’il avait beaucoup de sympathie pour toi et que tu étais un négociant de premier ordre.
— Je n’ai rien à dire contre lui, affirme énergiquement M. Voraud. C’est un homme tout ce qu’il y a d’intelligent.
— Enfin, dit Daniel, qu’est-ce que je risque de visiter cet après-midi quelques villas, puisque je vais là-bas ? Je verrai ce qu’il y a de bien, et vous n’aurez plus qu’à choisir.