Mais la bonne répondait à peine. Il montait alors dans sa chambre, et ne travaillait pas. Aussi résolut-il de faire un peu d’exercice, à ces heures-là. Il prit douze cachets de manège.
Il y avait, à Bernainvilliers, une succursale du grand manège Sornet. Elle était dirigée par un grand jeune homme au teint un peu cuit, aux cheveux blonds coupés à l’ordonnance et en pointe sur le front, et qui portait, sur les joues, de très courtes pattes de lapin. On l’appelait « l’écuyer » ou « Monsieur Adrien ». C’était un ancien sous-officier. Il répétait fréquemment qu’il avait été deuxième sur soixante-quinze, à un examen de cavalerie de tout le corps d’armée. Il sifflait, entre ses dents, de petits airs vifs et lisait des lettres sur du papier bleu-ciel, que lui envoyait sa bonne amie.
Daniel, préférant sortir avec l’écuyer, prit des cachets de promenades accompagnées. Le jour de sa quatrième sortie, il se rend, à l’écurie, vers six heures. Monsieur Adrien n’est pas là, mais il ne sera pas long. Daniel tend la main à Alfred, le palefrenier boiteux, parce qu’il lui a donné la main une fois, et qu’il n’a pas osé cesser. Il s’en console en pensant que c’est peut-être habile, et qu’Alfred, plus familier, le renseignera mieux sur les chevaux.
Il y a quatre chevaux de selle dans l’écurie. Aucun d’eux n’assure à Daniel une sécurité parfaite. Baba, le petit cheval entier, est très paisible, à condition qu’on ne rencontre pas de jument. Page, le vieux pur sang, butte, et Mouche a peur du chemin de fer. Daniel préfère Kroumir, qui trottine, mais c’est là un défaut auquel on se résigne ; s’il est gênant, il n’est pas dangereux.
— Il faudra me seller Kroumir, lui dit-il.
— Vous ne pouvez pas monter Kroumir aujourd’hui, dit le palefrenier, en s’en allant au fond de l’écurie, où il remue des pelles et de vagues seaux de bois.
— Pourquoi donc ? dit Daniel.
— Kroumir a la migraine, dit Alfred.
Daniel n’aime pas qu’on plaisante quand sa vie est en jeu. Il attend un instant pour laisser passer l’humeur ironique du palefrenier. Puis, il répète :
— Voyons, sérieusement, pourquoi est-ce que je ne peux pas monter Kroumir ?