On ne peut pas dire qu’il mentait. Il était plutôt sincère…
Il se passait ce curieux phénomène : séparé de Bretagne et n’étant pas monté à cheval depuis plusieurs jours, il lui était impossible de croire qu’il n’était pas un bon cavalier.
Rien ne vous donne une impression confortable de maîtrise comme de s’abstenir de tout contact avec les mesquines difficultés de la pratique.
Ainsi, à distance, et quand les mouvements inconsidérés de Bretagne ne gênaient pas la volonté de celui qui théoriquement était son maître, étreignant sa bête entre ses jambes nerveuses, il lui faisait exécuter en imagination des voltes, des demi-voltes, des départs au galop ; il l’amenait sur l’obstacle et le franchissait d’un bond.
Quand un oncle ou un cousin lui disait : « Tu dois être maintenant un cavalier de premier ordre ? », c’est de la meilleure foi du monde qu’il répondait : « Ça commence, ça commence ! »
Il se tirait assez bien de ses récits d’exercices de voltige.
Il ne disait jamais : « Je fais ceci », ou « je fais cela », mais plutôt : « Voilà ce qu’on nous fait faire », et il prenait modestement sa part des prouesses de son peloton, comme l’invité d’une chasse, quelle que soit sa force de tireur, emporte dans son carnier une honorable portion du trophée collectif.
— Nous faisons une heure de voltige par jour. La voltige de pied ferme d’abord. On amène un cheval au milieu du manège et on essaye de sauter en selle en arrivant par derrière, et en posant les deux mains sur la croupe, comme au jeu de saute-mouton.
— Il faut un cheval qui ne rue pas, dit une personne de sens. — On le choisit. Et, par surcroît de précaution, un cavalier lui soulève une jambe d’avant, de sorte que n’ayant un point d’appui que sur trois jambes, il ne peut plus ruer.
Il évitait de dire que c’était toujours lui qui se trouvait chargé de cette mission de confiance.