Son père lui conseilla de repartir une demi-journée d’avance afin d’arriver dans la soirée, plutôt que de passer la nuit en chemin de fer. De la sorte, après avoir bien dormi à l’hôtel, il arriverait tranquillement au quartier le matin à 9 heures. C’était vers ce moment que le régiment y ferait probablement son entrée. En s’y trouvant au besoin une demi-heure plus tôt, il aurait la satisfaction de connaître avant ses camarades leur installation nouvelle.

Dans le compartiment de seconde classe où il était monté, se trouvait précisément un brigadier en congé de convalescence, qui « comptait » au régiment qu’ils allaient remplacer. Ce brigadier, qui portait sur sa manche l’insigne des maréchaux, et sur son visage tanné la forte moustache celtique des travailleurs du fer, était originaire de l’Artois et retournait quelques jours dans son ancienne garnison pour y régler des affaires de famille.

C’était, il faut le dire, un terrible bourreur de crânes ; mais, n’ayant pas discerné dès l’abord ce trait de son caractère, Paul fut assez fâcheusement impressionné par ses tuyaux.

Il représenta le quartier de cavalerie comme une réunion de taudis datant du moyen âge, et si étroit qu’on ne pouvait faire un pas dans la cour sans se cogner contre un officier. Cette assertion frappa d’autant plus le jeune Paul que les maréchaux ont une situation assez indépendante pour ne pas être terrifiés par les « huiles ».

Les chambres se trouvaient au-dessus des écuries ; ce qui entretenait, dès la belle saison, un effectif très complet de mouches sur les lits et les planches à pains.

— Et puis, la nuit, tu seras à ton aise pour roupiller avec le bruit des chevaux qui tapent, des chaînes qui grincent, des bat-flancs qui remuent…

(Tant de sensibilité chez un forgeron, habitué pourtant à l’enfer des enclumes et des marteaux !)

— Et le manège ? hasarda Paul.

— Oh ! tout petit, mon vieux…

… Tout petit… il n’aimait pas ça. Quand on commandait : Partez au galop ! il devait y avoir de l’encombrement.