En remuant la table de nuit, il constata qu’elle renfermait un objet sans doute très précieux, car il lui fut impossible d’ouvrir la serrure qui devait être à secret comme celle d’un coffre-fort.
Heureusement le seau de toilette n’était pas absolument plein, et il put voir, en soulevant le couvercle, que le précédent ou l’un des précédents voyageurs s’était honorablement débarbouillé.
Cependant, l’autorité du brigadier-maréchal baissait peu à peu dans l’esprit de Paul, et le fer à cheval, qu’il avait vu brodé sur sa manche, ne lui semblait plus un signe d’universelle compétence.
Ajournant au lendemain, ou à jamais, la suite de l’inventaire, il se mit rapidement au lit, plongeant jusqu’au cou dans les draps humides. Et il tâcha de s’endormir, après avoir entrevu au plafond, avant de souffler sa bougie, un certain nombre, aimable gage d’espérance, d’araignées du soir.
VIII
CHEVAUX EN LIBERTÉ. — LES LAVABOS. — UN ARTISTE
Le nouveau quartier de cavalerie avait un bon petit aspect : il était resserré, et l’on avait l’impression qu’on y serait tout à fait chez soi, au bout de quelques jours, quand la poussière du régiment auquel ils succédaient serait remplacée par de la poussière à eux.
Le pansage, à moins que le temps ne fût très mauvais, se faisait dans la cour. Le matin, à l’heure du rapport, on y voyait beaucoup d’officiers, mais les volontaires n’étaient plus tout à fait des bleus, et ils savaient donner au bon moment un vigilant coup d’étrille, quand la songerie d’un chef d’escadrons ou d’un capitaine amenait son regard dans leur direction.
Le pansage, qu’il fût actif ou négligent, était toujours aussi monotone, à ce point que l’on voyait des cavaliers, pour se désennuyer et tuer le temps, faire une toilette soignée à leur bête.
On ne prenait même plus de plaisir à lâcher des chevaux, dans cette cour étroite, où il était trop facile de les rattraper. Et, si parfois l’un d’eux se détachait, c’était parce qu’il l’avait bien voulu. D’ailleurs, il ne profitait de sa liberté que pour aller tout seul à l’abreuvoir, avant tout le monde, ce qui semble être pour un cheval d’armes le comble du bonheur et de l’indépendance. Après cela, il revenait dans l’écurie, où il s’apercevait que le foin et l’avoine n’étaient pas encore distribués. Alors, profondément dégoûté, il se laissait reprendre par son toupet, remettre le bridon sans résistance et rattacher à l’anneau de fer.
Bretagne était plus sévèrement surveillée, à cause de sa mauvaise habitude de distribuer des coups de chausson à ses camarades. En passant le long des rangées de chevaux qui s’alignaient le nez au mur, elle n’eût pas manqué d’envoyer quelques ruades, qui auraient eu leur répercussion sur le cahier de punitions.