—Oh! me dit Thérèse avec ce doux enthousiasme qui n'appartient qu'à elle, crois-tu que Pétrarque n'a pas souvent visité cette solitude, en redemandant aux ombres pacifiques de la nuit sa Laure perdue? Lorsque je lis ses vers, je me le représente mélancolique, errant, ou bien appuyé contre un arbre, enseveli dans ses pensées, et tournant vers les cieux, pour y chercher la beauté immortelle de Laure, ses yeux pleins de tristesse et de larmes!... Je ne sais comment cette âme, qui avait en elle une si grande portion de l'esprit céleste, a pu survivre dans une si grande douleur, et s'arrêter si longtemps au milieu de nos misères mortelles.—Oh! quand on aime vraiment!...
Et il me semblait qu'elle me pressait la main, et il me semblait que mon cœur ne voulait plus demeurer dans ma poitrine. «Oui, tu étais créée pour moi, née pour moi!...» Et moi,... je ne sais comment je pus étouffer ces paroles qui s'élançaient hors de mes lèvres!...
Elle montait la colline, et je marchais derrière elle; toutes les facultés de mon âme étaient en Thérèse, et la tempête qui les avait agitées se calmait peu à peu.
—Tout est amour, dis-je: l'univers n'est qu'amour; mais qui jamais le sentit et l'exprima mieux que Pétrarque? Ces quelques hommes qui, par leur génie, se sont élevés au-dessus du vulgaire, m'épouvantent d'admiration; mais Pétrarque me remplit de confiance religieuse et d'amour, et, tandis que mon esprit lui sacrifie comme à un dieu, mon cœur l'invoque comme un père et comme un ami consolateur...
Thérèse soupira et sourit tout ensemble.
La montée l'avait fatiguée.
—Reposons-nous, me dit-elle.
L'herbe était humide. Je lui montrai un mûrier peu éloigné, le mûrier le plus beau que j'aie jamais vu, élevé, solitaire, touffu. Dans ses rameaux se trouve un nid de chardonnerets. Ah! je voudrais pouvoir, sous l'ombre de ce mûrier, élever un autel. La petite nous avait quittés, et courait çà et là, cueillant des fleurs, et les jetant aux lucioles qui venaient à elle phosphorescentes. Thérèse était couchée sous le mûrier; j'étais assis près d'elle, la tête appuyée contre le tronc de l'arbre. Je récitais la cantate de Sapho; la lune se levait...
Oh! pendant que j'écris, pourquoi mon cœur bat-il avec tant de force? Heureuse soirée!...
14 mai, onze heures.