—Inutile de le tuer, dit M. Miraglia aux juges: dans un an, il sera mort.

Le coupable, en effet, fut sauvé de la guillotine, mais non de la mort. Dieu l'avait déjà condamné quand les hommes s'occupaient de rendre son jugement.

Un an après, comme l'avait prédit M. Miraglia, Del Prete mourut; l'autopsie du cerveau présenta un crâne double d'épaisseur, comparé à un autre crâne, et transparent au sinciput antérieur; les méninges étaient engorgées de sang; le sectum falciforme était devenu plus volumineux et avait fait adhésion avec les circonvolutions immédiates; ces circonvolutions présentaient des suppurations gélatineuses dans la substance grise; les lobes médiaux comme les méninges, étaient engorgés de sang et ramollis; le reste de la substance cérébrale était dans l'état ordinaire.

Parmi les viscères, le foie était très-volumineux et présentait des traces inflammatoires.

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Maintenant, voici les raisons que, dans la conviction de la culpabilité matérielle, mais de l'innocence morale de Del Prete, M. Miraglia fit valoir près des juges.

Les actes antérieurs au crime de Del Prete, ou du moins ceux qui le précédèrent de quelques jours, démontraient clairement la lypémanie ascétique, presque toujours accompagnée d'hallucinations qui font croire au patient qu'il est possédé. C'est sous l'empire de cet état morbide que le crime fut consommé; mais Del Prete n'était pas fou seulement du jour où il commença à donner des signes de folie; l'infirmité, quoique n'étant pas extérieurement reconnue, avait une date bien antérieure dans le cerveau. La folie, nous l'avons dit, est un trouble moral qui a sa cause dans les désordres fonctionnels des organes cérébraux par des modifications physiques. C'est un fait incontestable que tous les aliénés, et particulièrement ceux qui sont atteints de lypémanie ascétique avec hallucinations, sont sujets à des visions qui, suscitées par des motifs extérieurs, vrais ou imaginaires, les poussent à l'homicide ou au suicide, surtout lorsqu'ils sont contrariés, attendu que la monomanie homicide est causée par l'exaltation indomptable de l'organe destructeur, excité par un autre sens intérieur, malade, comme il l'était, par exemple, dans Del Prete, où le sentiment ascétique était profondément attaqué; et c'est pour cela que l'on put constater en lui un certain sens moral, suffisamment développé. Cette lutte intérieure qui, tout à la fois, le poussait au crime quoique le crime lui fît horreur, c'est ce que les phrénologues appellent la double conscience, phénomène morbide qui, nous l'avons dit, conduit inévitablement les aliénés au désespoir, et, du désespoir, aux actes les plus insensés et les plus féroces.

Je vais, maintenant, vous raconter l'histoire de quatre crânes séparés du tronc depuis soixante-deux ans, et qui viennent de me raconter à moi, par l'organe de M. Miraglia, leur interprète, un des plus terribles drames que j'aie jamais entendus.

Voyons d'abord où étaient ces crânes, et comment ils tombèrent au pouvoir du docteur Miraglia.

En 1855, au moment où l'on eut l'assez triste idée de restaurer le Castel-Capouano,—magnifique forteresse dont, selon Thomas de Catane, Roger fut le fondateur, tandis que d'autres attribuent cette fondation à Guillaume le Mauvais,—le docteur Miraglia soignait la fille du préfet de Naples, et, tout en la soignant, poursuivait ses études phrénologiques. Il demanda au père de la jeune malade de lui faire cadeau de quelques crânes de malfaiteurs exposés dans des cages clouées aux murailles du Castel-Capouano. Il s'appuyait sur ce que cette exposition était un reste de barbarie qui devait disparaître avec les autres. Le préfet fit quelques difficultés, disant que ce reste de barbarie, deux gouvernements français, celui de Joseph et celui de Murat, l'avaient laissé subsister; mais enfin, séduit par l'idée de faire mieux que n'avaient fait Joseph et Murat, il donna l'ordre de faire disparaître des murailles du Castel-Capouano les cages et les têtes qu'elles renfermaient. L'architecte hérita des cages, le docteur Miraglia des têtes.