Les Maîtres alors s'émerveillèrent de tant d'ingéniosité. L'un d'eux lui offrit un canthare où moussait la bière de Neubourg. « Je préfère attendre ; mais épargnez-moi », répondit-il ; puis, touchant sa barrette, il s'esclaffa très hilare et, portant la santé de Maître Warmsemmel : « Voilà, dit-il, Seigneur Maître, afin que vous ne m'imputiez point de vous être ennemi. »
Puis il but d'un seul trait, à quoi Maître Warmsemmel répondit vaillamment pour l'honneur de la Silésie. Et tous les Maîtres se conjouirent. Ensuite de quoi, l'on sonna pour les vêpres.
A ces causes, je demande à Votre Excellence qu'elle veuille bien me donner son avis, car vous êtes merveilleusement profond. Je me suis dit pour lors : « Dom Ortuinus me doit la vérité, qui fut mon précepteur à Deventer quand j'y faisais ma troisième. » De plus, vous me devez certifier comment va la guerre entre vous et Johannes Reuchlin. J'ai compris que ce ribaud (encore que juriste et docteur) ne veut en aucune façon rétracter ses paroles. Envoyez-moi derechef le livre de notre Maître Arnaldus de Tongres, qu'il divisa par articles, étant beaucoup subtil et dans quoi il aborde le plus profond de la Théologie. Portez-vous bien. Ne prenez pas en mauvaise part que je vous écrive ainsi en camarade. Vous me dîtes autrefois que vous m'aimez autant qu'un frère et que vous m'entendez promouvoir en toute chose, quand bien même il vous faudrait pour cela dépendre la forte somme.
Donné à Leipzig.
VIII
FRANCISCUS GENSELINUS A MAITRE ORTUINUS GRATIUS
Salutation à la gravité de quoi mille talents ne sauraient équipoller! Apprenez, Vénérable Dom Maître, qu'il est ici grandement question de vous. Les Théologiens font de votre personne une abondante préconisation à cause que vous n'avez d'égards pour qui que ce soit et que vous écrivez en défendant l'orthodoxie contre le docteur Reuchlin. Mais quelques béjaunes sans esprit, des juristes qui ne sont point éclairés dans la foi chrétienne, se truphent de Votre Seigneurie et lui déblatèrent sur le casaquin. Toutefois ils ne sauraient prévaloir, puisque la Faculté de Théologie tient pour vous. Et naguère, lorsque sont venus ici les Actes des Parisiens, presque tous les Maîtres ont acheté ce livre, de quoi ils se gaudirent énormément. Pour lors, en ayant fait moi-même emplette, je l'envoyai à Heidelberg pour le signaler à nos contradicteurs.
Les ayant vus, j'estime que ceux d'Heidelberg ne tarderont pas à se repentir de n'avoir point tenu pour l'alme Université de Cologne dans ses conclusions contre le docteur Reuchlin. J'apprends d'ailleurs que, pour ce motif, l'Université de Cologne a promulgué un statut par quoi elle s'oblige à ne jamais promouvoir dans les siècles des siècles les Maîtres ou Bacheliers ayant pris leurs grades à Heidelberg. C'est bien fait. Ils apprendront à connaître l'Université de Cologne, à épouser, une autre fois, son parti. Je voudrais qu'on en fît de même pour les autres Universités ; mais je crois qu'elles ne sont pas informées de tout cela ; veuillez donc pardonner à leur ignorance.
Un compagnon m'a donné de bien jolis vers que vous devriez intimer à l'Université de Cologne. Je les ai montrés aux Maîtres et à nos Maîtres qui les ont fort recommandés. Je les ai adressés à plusieurs cités pour votre gloire ; car vous avez toutes mes faveurs. Lisez-les donc et sachez ce que je pense :
Qui veut lire les dépravations hérétiques,