Je vous envoie par le même ordinaire certain écrit pour la défense d'Alexander Gallus, grammairien antique et suffisant, encore que les poètes modernes veuillent y reprendre. Mais ils ne savent ce qu'ils disent, puisque Alexander est le meilleur, ainsi qu'autrefois vous nous l'apprîtes, quand je stationnais à Deventer. Un Maître m'en a guerdonné ici ; mais j'ignore de quelle part il le tient. Je voudrais que vous donnassiez la chose à l'imprimerie. Cela insufflerait à nos poètes une ire véhémente. L'auteur, en effet, les vexe rudement. Cet ouvrage est écrit si poétiquement, dans un langage si relevé, que je n'y comprends goutte. Celui qui l'écrivit est, c'est clair, un bon petit poète, mais de plus théologien. Il ne fait pas cause commune avec les poètes séculiers, à la façon de Reuchlin, Buschius et autres.

Dès qu'on m'aura donné quelque matière, j'ai déjà dit que je me propose de vous l'envoyer pour que vous en fassiez lecture. Si vous avez quelque chose de nouveau, vous plaise aussi me le mander. Portez-vous bien, dans une charité qui n'est pas feinte.

De Leipzig.

X

JOANNES ARNOLDUS DONNE LE BONJOUR A MAITRE ORTUINUS GRATIUS

Puisque toujours vous tient la concupiscence de quelque nouveauté, selon un dit d'Aristoteles : Les hommes, par nature, sont épris de savoir, moi Joannes Arnoldus, votre disciple et très humble serviteur, j'envoie à Votre Seigneurie, ou bien à Votre Honorabilité, un libelle que composa un certain Ribaldus[4], lequel scandalisa Dom Johannes Pffefferkorn de Cologne, très intègre personne, comme nul n'en peut douter. J'en fus grandement courroucé ; mais nul moyen de faire échec à l'impression. Le compagnon qui l'écrivit a de nombreux zélateurs, même gentilshommes, qui courent par la ville, armés comme des bouffons et traînant de longues rapières.

[4] C'est la lecture de l'édition anglaise d'Henri Clément, Londres, 1743. Victor Develay, au contraire, lit ribaldus : « ribaud », encore que Hutten semble s'être diverti à faire de l'épithète un nom propre. De même Ernest Münch (Leipzig, 1827) lit Ribaldus, n. p.

Néanmoins, j'ai dit que cela n'est point correct, que ces poètes séculiers, avec leurs cadences, fomenteront bien des guerres encore, si nos Maîtres n'y portent advertance et ne les font citer par Maître Jacobus de Hoogstraten devant la Curie romaine. Je crains même qu'il n'en résulte une grande perturbation pour la Foi catholique.

Je vous prie donc de vouloir bien composer un livre contre ce fauteur de scandale et le vexer efficacement. Il ne sera plus dorénavant si audacieux que de mécaniser nos Maîtres, quand il est simple compagnon, n'étant promu ni qualifié, soit en Art soit en Droit, combien qu'il ait fait séjour à Bologne où sont de nombreux poètes séculiers dépourvus de zèle et d'illumination dans la Foi. Le même compagnon prit naguère place à un dîner. Il avança que nos Maîtres de Cologne et de Paris font injure au docteur Reuchlin ; quant à moi, je lui fis de la contradiction. Il se mit alors à me houspiller de paroles désobligeantes et scandaleuses. De quoi je fus si courroucé que je me levai de table, protestant devant tous contre ces injures, au point qu'il ne me fut pas possible d'avaler une bouchée. Vous pourriez peut-être me donner un conseil touchant l'affaire ci-dessus, puisque vous avez quelques parties de juriste. J'ai compilé un certain nombre de mètres que je vous fais tenir par la présente : choriambe, hexamètre, saphique, ïambique, asclépiade, hendécasyllabe, élégiaque, dicolon, distrophon.

Qui est bon catholique doit penser comme le Parisien :