Je m'en acquittai pendant plusieurs jours. Alors, vint un drôle qui embrena cette croix, si bien qu'à la baiser dans l'obscurité, je me barbouillai de merde la face, les dents et le nez. J'entrai dans une furieuse colère contre la donzelle. Mais elle fit serment, par le Saint des Saints, qu'elle n'était pour rien dans la chose, ce dont je ne doute point, car elle est, maugrebleu! fort honnête par ailleurs. Je soupçonne un compagnon d'être l'auteur de cette porcherie, et, si je peux l'en convaincre, ne doutez pas que je lui donne toute la rétribution à quoi il peut prétendre.

Quant à la garce, elle a des gestes plus aimables que par le passé ; j'espère avant peu monter sur elle. Dernièrement, quelqu'un lui confia que je suis poète, si bien qu'elle me provoqua : « J'ai ouï dire que vous êtes bon poète ; vous devriez, pour être gentil, composer, une fois, des vers en mon honneur. » Je fis la pièce demandée et, le soir, je la chantai sur la place pour la lui faire entendre. Ensuite je la traduisis en allemand. La voici :

O féconde Vénus, de l'amour inventrice et dominatrice,

Pourquoi ton fils m'est-il ennemi?

O belle Dorothea que j'adoptai pour bien-aimée,

Fais-moi la chose même que je veux faire à toi!

Charmante par-dessus toutes les pucelles de la ville,

Tu splendis comme une étoile et souris comme une fleur.

Elle me dit qu'elle prétendait garder cela toute sa vie en dilection de moi. Vous plaise me donner conseil touchant la manière dont je me dois comporter et sur ce qu'il me faut faire pour en être aimé. Excusez-moi si je suis à tel point débraillé dans une épistole à Votre Seigneurie, à cause que j'ai accoutumé d'en user familièrement avec mes amis. Portez-vous bien au nom du Benedict.

De Leipzig.