Voici encore une requête dont il me faut vous saisir, premier que de conclure. Si vous avez quelque enfant ou consanguin, si vous connaissez un bon ami qui possède l'un ou l'autre et soit dans le propos de le faire étudier, envoyez-moi ici à Leipzig vos jeunes élèves. Nous avons un grand nombre de Maîtres fort savants. La pitance du collège ne laisse rien à désirer. Tous les jours, matin et soir, on met sept plats sur table. Le premier s'appelle « toujours », en allemand : grütz ; le second, « continuellement », eei supp ; le troisième, « chaque jour », c'est-à-dire muss ; le quatrième, « fréquemment », autrement dit mager fleisch ; le cinquième, raro, ou bien gebratens ; le sixième, « jamais », à savoir kaes ; le septième, « quelquefois », qu'on peut traduire par apffel und birn.

Avec cela, nous avons une potion de tout repos qu'on appelle conventum. Qu'en dites-vous? Et cela ne suffit-il point?

Nous gardons le même ordre pendant toute l'année, avec de grands éloges et l'assentiment de tous. Cependant, nous n'avons pas dans nos cellules extraordinairement de quoi manger. Cela manquerait un peu de décorum et nos Suppôts ne voudraient plus en fiche un clou. C'est pourquoi j'ai gravé sur toutes les portes de nos habitations les deux vers que voici :

La règle de la Collégiale est en tous temps égale :

Porte des victuailles avec toi, si tu veux manger avec moi.

Mais en voilà bien assez pour ne pas vous paraître superflu. Vous voyez que je suis poète à mes heures.

Donné en grande hâte à Leipzig, sous le ciel couleur de blave[15]. Portez-vous bien avec votre particulière, comme l'abeille sur le thym ou le poisson dans les ondes. Encore une fois, portez-vous bien.

[15] Bleuet. Cf. Cotgrave (Blave et blate). Rob. Estienne et Ménage (Blaveolles et blavet), c'est la fleur inhérente au blé blavium.

Lacurne.