Voici des cazzi par millions, tout autant
Que Pietro Aretino en a essayés dans sa vie.
Ce scélérat de Franco, bien digne de la potence au bout de laquelle un pape l’envoya faire sa dernière grimace, calomnie là gratuitement son ancien bienfaiteur, mais son témoignage ne nous en sert pas moins à savoir qu’antérieurement à 1541 le chef-d’œuvre d’Antonio Vignale jouissait déjà d’une grande réputation.
Il existe deux imitations en vers de la Cazzaria; l’une est un petit poème en octaves, de dix-huit stances, portant le même titre et que nous ne citons que d’après les bibliographes, n’ayant pas pu nous le procurer; l’autre est le Libro del perchè, dont les éditions sont très nombreuses. Des trois Chants ou Novelle qui forment l’ensemble de ce second poème, le dernier n’a rien à voir avec la Cazzaria, mais le premier, Perchè non si trovino cazzi molti grossi nè potte molto strette, con molti altri perchè, Istoria poetica, fisica e morale, cavata dal Libro del perchè del grand’Aristotele, n’est qu’une versification élégante d’un des principaux épisodes du Dialogue, l’horrible guerre cazzicide dont l’Arsiccio entame le récit page 147 de la présente traduction, et qui est fort probablement une plaisante allégorie des dissensions intestines de Sienne, dissensions qui, pour Antonio Vignale, aboutirent à l’exil; sous les noms de Cazzone, d’Abbagio, de Cazzocchio et de Cazzetto, il raille sans doute les principaux personnages politiques de son temps, et, dans la grande conspiration des piccioli cazzi contre les cazzi grossi, il n’est pas difficile de voir clairement symbolisée une lutte du parti populaire contre le parti aristocratique. La deuxième Nouvelle, Perchè gli uomini e le donne si sforzino di chiavare anco di là dal loro potere, e perchè vi si ajutino e vi si eccitino gli uni gli altri; Novella cavata dal Libro del perchè del grand’ Aristotele, est également empruntée à la Cazzaria; c’est le récit de l’ambassade envoyée par les femmes à Jupiter (voy. p. 91 et suiv.) pour qu’il améliore leur condition. Il y a beaucoup d’esprit, d’ingéniosité dans ce Libro del perchè dont les vers rappellent la facture aisée de nos meilleurs petits poètes du XVIIIe siècle, mais toute l’invention et les traits les plus heureux appartiennent à Antonio Vignale.
Décembre 1882.