et un peu plus loin, à propos de la Zaffetta:
Ma di lei cosi a fil scrive e ragiona
Il mio Venier, nel suo sacrato Annale,
Che ’l nome suo per tutto ancho risuona.
Veniero aurait pu, à la vérité, s’invoquer ainsi lui-même pour donner le change et faire supposer un autre auteur; mais l’âpreté avec laquelle il revendique, au début de la Zaffetta, la paternité de la Puttana errante, traitant de grosses bêtes et de maroufles ceux qui croyaient ce poème d’un autre que de lui, montre assez qu’il n’était pas d’humeur à se déguiser si bien et à renier ses œuvres.
Une seule chose pourrait faire croire à l’antériorité de la Tariffa: l’Aretino semble la citer dans la Première Journée de la Seconde Partie des Ragionamenti. La Nanna, catéchisant sa fille, lui dit: «Mets-toi à causer du Turc, qui doit venir, du Pape, qui n’est pas encore crevé, de l’Empereur, qui fait des choses miraculeuses, du Roland furieux et du Tarif des Courtisanes de Venise, que j’aurais dû mettre en tête.» Ce doit être une allusion à une autre composition plus ancienne, en prose ou en vers, portant à peu près le même titre que le poème, et qui ne nous est point parvenue; on a, du reste, beaucoup d’exemples de semblables rajeunissements.
Septembre 1883.