Et contempler le fils de Marie
Suspendu sur la croix pour l’homme pécheur.
Quoi qu’il en soit, ce manuel de correspondance amoureuse que les jeunes filles lisaient sur le pas de leurs portes et dont elles s’inspiraient pour répondre aux galants, n’a aucun rapport avec les Proverbii in facetie; le bibliographe s’est fourvoyé en donnant aux deux vers du Prologue un sens qu’ils ne peuvent pas avoir.
Nous croyons néanmoins comme lui que le recueil Italien est bien de Cornazano, à qui il a été de tout temps attribué et qui d’ailleurs ne saurait être du premier compilateur venu. C’est l’œuvre d’un maître écrivain, plein d’art et de finesse, égal par le style aux meilleurs conteurs et en surpassant quelques-uns par l’originalité de l’invention. L’idée de prendre des proverbes usuels et de leur assigner, au moyen d’une histoire plaisante, une origine tout à fait imprévue est des plus ingénieuses. Cinthio degli Fabrizii, dans son Origine delli volgari Proverbi (1527, in-folio), autre livre bien curieux, s’en est emparé après lui, et, en traitant quelquefois les mêmes sujets, leur a donné une ampleur quelque peu démesurée; il dit en plusieurs milliers de vers ce que Cornazano esquisse légèrement en deux ou trois pages. On lira avec plaisir ces petits contes libres, qui ont la grâce de ceux de Boccace et le piquant des facéties de Pogge.
Septembre 1884.