Un des exemplaires de l’ouvrage, ayant appartenu à quelque ami intime de l’auteur, a une XLVIe Nouvelle manuscrite, intitulée: Chi va al molino primo macina. L’ancien possesseur y a joint cette note marginale: Nota questa Satyra essere di propria mano di l’Autore, et non vi essere altra copia, e pochi giorni drieto morse, in qual modo non lo dico[130]. On a inféré de ces derniers mots que Cynthio de gli Fabritii avait terminé ses jours sur la potence: les termes vagues dont s’est servi l’annotateur prêtent à toutes sortes de conjectures, mais n’indiquent pas forcément une mort infamante. On a du reste très peu de renseignements sur degli Fabritii; on ne sait ni la date de sa naissance ni celle de sa mort. Dans la Préface de son livre, adressée au Pape Clément VII, auquel il le dédie, il prend le titre de docteur ès lettres et en médecine: delle arti et di medicina dottore, en même temps qu’il se dit citoyen de la puissante et illustre ville de Venise: della poderosa inclyta citta di Vinegia cittadino. Il semble cependant s’être livré au commerce, car dans cette XLVIe Nouvelle restée manuscrite il raconte que, voyageant par eau et la barque, trop chargée, menaçant de sombrer, il fallut l’alléger en sacrifiant partie des bagages; aussitôt des Moines qui se trouvaient là, sachant combien il les détestait, se mirent en besogne de jeter les siens, consistant en balles de coton, de draps et de cire. Sa haine contre les Moines avait encore une autre cause plus personnelle; d’après une des notes marginales de l’exemplaire en question, son beau-frère qui était Récollet, lui aurait nié une quittance ou règlement de compte «gli negoe uno scritto,» et par cette fraude l’aurait frustré d’une partie de sa fortune. Aussi pour lui tous les Moines, et spécialement les Récollets, qu’il appelle Frères gris, Frati bigi, bigozi, Zoccolanti, sont-ils des gredins et des paillards.

Malgré ces invectives contre les Moines et tant de passages des plus libres, l’Origine degli volgari Proverbii vit le jour avec privilège du Pape et de la Seigneurie de Venise: Con la gratia del sommo Pontefice et della Illustrissima Signoria di Vinegia. Dans sa Dédicace, comme dans des Stances et un Sonnet, qui sont également adressés à Clément VII, Cynthio degli Fabritii élève très haut les vertus de son protecteur et se vante de vivre «à l’ombre de ses ailes»; il l’appelle la boussole de son petit bateau:

O tramontana del mio picchiol legno,

Che posto ee in alto mar, lungi dal porto!

O tramontane de mon petit bateau,

Entraîné vers la haute mer, loin du port!

et termine ainsi le sonnet:

... Tal che sopra i tuo voli

Chi studia d’innalzarsi, ee porre il mare

In picchol vaso, o di Dio maggior fare.