Géri répond: «j'en suis bien affligé pour vous.»

Le noble guerrier s'en retourne, plein de courroux, à son pavillon; il met pied à terre, et les écuyers courent dégarnir son cheval. Ses gens pleurent de le voir si triste.

Alors Bernier les prend à raisonner courtoisement: «Franche compagnie, conseillez-moi, je vous prie: messire Raoul ne m'aime pas beaucoup, lui qui a fait brûler ma mère dans cette église. Ah! si Dieu me laisse vivre, je saurai m'en venger!....»

VII.

Cependant Raoul est descendu de son coursier au poil fauve, à l'entrée de son pavillon. Ses barons le désarment; ils lui délacent son heaume doré, lui déceignent sa bonne épée d'acier, lui enlèvent du dos son haubert et lui passent sa robe. Il n'y a pas en France de si beau chevalier, ni de plus habile à se servir de ses armes.

Raoul a appelé son sénéchal, qui est venu sur-le-champ, et songeant au plaisir de la bonne chère: «Fais-nous servir, dit-il, des paons rôtis et des cygnes poivrés: donne-nous aussi du gibier à foison; je veux que le dernier de mes gens en mange aujourd'hui à son gré.»

Le sénéchal l'a entendu: il le regarde et se signe trois fois à cause de si grand sacrilége: «Y pensez-vous, Monseigneur? Vous reniez donc la sainte chrétienté; vous reniez le baptême, vous reniez le Dieu de gloire. Il est carême; c'est aujourd'hui le vendredi solennel, dans lequel les pécheurs adorent la croix: et nous, misérables, nous sommes venus en ces lieux violer le saint monastère et brûler les nonnes qu'il renfermoit. Ah! nous n'obtiendrons jamais miséricorde, à moins que la pitié de Dieu ne soit plus grande encore que notre méchanceté.»

Raoul a jeté les yeux sur lui.

«Qui t'a dit de parler?.... Mes écuyers sont bien effrontés!... Il n'est pas étonnant que les fils d'Herbert aient payé cher leur audace; car pourquoi m'ont-ils manqué?.. Mais j'avois oublié le carême... donne-moi des échecs.»