«Si je ne te pardonnois pour la miséricorde de Dieu, je te ferois trancher tous les membres; il tient à bien peu de chose que tu ne sois déjà mort.»
«Tu es un bien mauvais ami, dit Bernier, de me récompenser de la sorte, moi qui t'aimois, moi qui proclamois tes louanges. Ah! si j'avois lacé mon heaume, je combattrois volontiers à pied, à cheval, contre le chevalier le mieux armé..... Je lui ferois voir qu'on n'est point félon, quand on n'a pas renié Dieu. Et vous-même, que je vois si courroucé, sire comte, non, pour l'archevêché de Reims, vous ne me frapperiez pas.»
Raoul a dressé la tête.—Il saisit un grand tronçon de pieu qu'un veneur a laissé à terre; il le soulève avec colère, et s'approchant de Bernier, il lui en fracasse la tête: Bernier voit le sang rougir son manteau d'hermine; il est éperdu.... Il embrasse Raoul avec rage, et c'en étoit fini.... Mais les chevaliers accourent et les séparent.
Bernier a appelé à haute voix son écuyer.
«Or tôt, mes armes, mon haubert, ma bonne épée et mon heaume. Je pars de cette cour sans délai!...»
Ce qui suit est le récit des guerres, des vengeances et des atrocités que fit naître cette querelle. Bernier, ayant quitté son maître, prit parti pour ses cousins, les fils d'Herbert de Vermandois; et le nouvel épisode qu'on va lire donnera une idée de la manière toute homérique dont nos premiers poètes français chantaient les combats et leurs sanglants effets.