—«Eh bien, frère, dit Géri, allons-y de compagnie.»
—«Par ma foi, je vous l'accorde, repartit Bernier; indiquez le jour que nous quitterons ces lieux.»
Le voyage est arrêté pour la huitaine après Pâques.
Le Sor retourne en son pays, et Bernier reste près de ses deux enfants et de sa gentille femme.—Elle lui tient le discours que vous allez entendre:
«Bernier, beau frère, vous avez beaucoup entrepris; mon père est très-félon et fort mal avisé; il y a de la trahison en lui. Si vous lui dites chose qui ne lui plaise point, il vous tuera sans défiance.»
—«Vous parlez mal, madame, lui répondit Bernier; il ne le feroit pas pour le fief de Paris.»
—«Sire, dit-elle, gardez-vous toujours bien de lui; je vous en prie pour l'amour de Dieu.»
—Et la parole en resta là.
Tant s'écoula-t-il de journées que le terme fixé arriva; alors Géri s'en revint à Saint-Quentin, et avec lui Anciaumes et Ernaïs, deux francs chevaliers; Bernier prit pour compagnons Garnier et Savary. Ils vont à l'église, prennent les écharpes, et après messe, ils se mettent à la voie.
Au moment du départir, Bernier embrassa ses fils, et puis embrassa sa franche épouse, et elle lui, en pleurant des yeux de son visage: «Que le Dieu qui daigna mourir pour nous sur la croix, lui dit-elle, vous garde de mort et de péril!»